SUR LA PERVERSION

Ça fait plus de trois semaines que Les Amours imaginaires sont sorties sur nos écrans, et Xavier et Monia ont toujours leur cinéma dans le sang. Autour de cafés, de cigarettes et de produit de maquillage (voir les photos dans le premier article), Xavier Dolan, Monia Chokri et moi avons poursuivi notre entretien sans voir le temps passer. Une seconde de trois parties.

Après avoir cogité sur les affres que vivent nos victimes de l’amour — les personnages de Marie et Francis dans le film, nous nous sommes penchés sur le cas de Nicolas (Niels Schneider), le bourreau de l’amour, l’objet de la perdition des deux soupirants aveugles.

Nicolas est un peu un personnage fantôme dans le film. On a du mal à lui accorder une intériorité. C’est difficile de s’imaginer ce qu’il ressent et à quoi il pense. Qu’est-ce qui lui prend d’être aussi vague avec ses amis?

Xavier: Et qu’est-ce qui leur prend à eux d’être épris d’une personne…

Monia: …aussi vague?

Croyez-vous que Nicolas est un pervers?

X: Je le vois comme quelqu’un d’inconscient, mais aussi qui recherche… Quand les personnages se battent dans la forêt, il semble retirer un certain plaisir de ce combat-là. Ça a l’air de l’amuser. Ça le divertit. Et ces gens-là sont les plus malheureux en amour. C’est ceux qui veulent être aimés de tout le monde et qui ne peuvent aimer une autre personne qu’eux-mêmes. On les voit tout le temps comme les méchants et les terribles, mais les Don Juan sont souvent les plus malheureux.

Les plus incapables d’une rencontre, et les plus seuls.

Xavier, par Clara Palardy

M: En même temps, j’ai beaucoup d’empathie pour ce personnage-là, parce que j’ai l’impression qu’on a tous été le Nicolas de quelqu’un. On peut pas lui jeter la première pierre, parce qu’on pourrait vraiment se la faire jeter. C’est un réflexe naturel aussi de ne pas rejeter l’amour qui nous est donné. Après ça, ça devient de la perversion de l’entretenir.

X: Et pour moi, il franchit la limite de cette satisfaction passive, parce qu’il mordille l’oreille de son ami, et il s’apprête presque à embrasser Marie (Monia). N’eût été d’une intervention de Francis (Xavier) qui l’arrache à ce moment-là, si on avait continué la scène, il l’aurait embrassé.

M: Il est légèrement actif dans sa passivité. Ce sont des gens qui ont aussi des mémoires de poissons rouges.

X: Des gens qui connaissent mal les paramètres sociaux, les règles des contacts physiques aléatoires.

M: On en connaît des gens comme ça dans notre vie. J’ai des amis proches que je vois aller, et qui n’ont aucune limite physique.

X: Des gens tactiles.

M: Ils vont mettre la main à une place où il ne faut pas et qui va donner un signal qu’ils ne veulent pas envoyer.

Niels Schneider dans les Amours imaginaires

Un jour on aura cette conversation sans enregistreuse, et on nommera des noms.

X: On fera une liste des gens tactiles. Les gens qui mettent la main.

M: C’est une de nos activités préférées, les listes.

Tu es déjà en train d’écrire ton prochain amour impossible. Laurence Anyways.

X: Oui. Cette fois-ci ce n’est pas un amour impossible à l’origine, c’est un amour rendu impossible par un choix déterminant, qui est le choix de changer de sexe. On connaît des histoires d’hommes qui ont voulu devenir des femmes, et dont la sexualité ne change pas, parce que c’est un choix non pas d’orientation mais d’identité. Il y a des couples qui survivent à ça, mais plus souvent qu’autrement, c’est assez dommageable pour le couple. C’est un film sur les choix qu’on fait au détriment de l’amour.

Toujours à suivre…

(cliquez ici pour la première partie)

par Félix Dyotte