QUAND LA NUIT TOMBE

On l’a su il y a quelques semaines, la petite sœur de Beyoncé, Solange Knowles, viendra faire son tour à Pop Montréal le 2 octobre. Et y’a pas que le très sélect festival qui fait une entorse à ses lignes directrices plutôt expérimentales en invitant l’éclectique Knowles; ce soir et demain au Métropolis, Of Montreal et Chromeo, deux groupes sur le point de lancer un album attendu, viendront donner un avant-goût de leurs nouveaux stocks respectifs… où trône de chaque bord une pièce interprétée par Solange.

On serait étonnés de voir la chanteuse tâter du public montréalais avant l’automne, reste que ça serait une belle surprise qu’elle se pointe ce week-end pour faire d’une pierre deux coups. Mais au fait, c’est quoi l’engouement pour la black texane? «On avait une fille qui chantait sur ‘‘Bonafide Lovin’’, mais juste pour les chœurs… On a écrit cette pièce, ‘‘When the Night Falls’’, avec une fille en tête», commence P-Thugg, l’une des tendre moitiés de Chromeo. «Solange nous aime bien, c’est une amie du frère de Dave [A-Trak, en passant]. Elle chante superbement et elle est super cool.» Ben voilà.

Par contre, au contraire du psych-disco-pop effréné de Of Montreal, le r&b à synthés eighties de Chromeo n’est pas exactement expérimental ou marginal, on s’entend. Ce que P-Thugg et Dave One font, ils le font dans les règles de l’art du easy listening.

«On veut être easy listening!», clarifie P avant de parler de la rencontre du groupe avec Darryl Hall, de Hall & Oates, groupe-phare de la radio de matante séduisante avec les tubes «Private Eyes», «Maneater» et autres «I Can’t Go for That». Rencontre faite en 2008, qui a débouché sur le partage d’une scène au mégafestival Bonnaroo en juin passé pour un set fait de classiques des uns et des autres.

«Daryl nous a invités à son émission sur le web, où il reçoit des artistes de chez lui. Il avait entendu dans les branches que Hall & Oates était une grande influence pour nous. Ce qu’ils faisaient était très éclectique, ils mélangeaient le rock avec la soul en ajoutant des instruments électroniques. On mélange un peu les mêmes choses: des synthés, pas mal de eighties, du r&b, un peu de rock… Et comme eux, au début, on ne nous prenait pas au sérieux.»

N’ayant pas entendu l’album Business Casual (la compagnie de disques garde le secret jusqu’au 14 septembre), difficile avant le show de samedi de vous donner une idée de ce que l’électro-funk satiné des deux lascars montréalais nous réserve dans sa troisième mouture. Et franchement, on peinait à imaginer grand-chose de différent que ce qui a été fait, joué, et processé dans un talk box déjà avec les albums Needy Girl et Fancy Footwork, soit deux-trois tounes irrésistibles qui délient les hanches dans un lot d’idées plus ou moins concises ou complètes, faites de mains de producteurs plus ou moins expérimentées. Car Chromeo a été parti un peu sur la fly au début des années 2000, rappelons-le, par ces deux amis voulant s’exercer à la production en partance du hip-hop pour Dave et du r&b pour P.

Ceci dit, ce qu’annonce «Night by Night», pièce ayant fui quelques mois avant le single «Don’t Turn the Lights On» lancé cette semaine, ce sont des structures plus recherchées, une instrumentation plus variée et des idées mieux exécutées techniquement. Et, joie, c’est aussi ce que nous dit P-Thugg au téléphone: «On a travaillé différemment sur cet album. On a prêté une attention particulière aux structures des chansons, aux progressions d’accords et Dave a développé sa voix en chemin. ‘‘Needy Girl’’ était la première chanson qu’il avait jamais chantée, et on croyait que ce serait juste une démo… On se développe encore, et je me suis pas mal plongé dans la théorie musicale ce coup-ci, pour créer des harmonies et des accords plus riches. On veut garder notre côté simple et dansant, mais en se raffinant.»

Et du talk box, il y en aura autant, plus, moins qu’avant? «Oh, autant! Voire plus.»

Au Métropolis samedi, dans le cadre du MEG Montréal, avec Neon Indian et Telephoned. Billets ici.

par Evelyne Côté / photo Timothy Sacenti