Ça n’aura pas été la première tuile tombée sur la rousse tête de Dave Mustaine en 25 ans de carrière: au mois de novembre dernier, on annonçait que la tournée Canadian Carnage, qui soulignait les parutions des albums World Painted Blood de Slayer et de Endgame de Megadeth, était repoussée.
Ça n’était que partie remise.
Chose promise, chose due: c’est à Heavy MTL que les deux groupes seront unis dans le thrash et l’harmonie. L’harmonie, vous dites? C’est que, dans une autre vie où Mustaine collectionnait les gueules de bois et, incidemment, les conflits, il n’a pas manqué de se mettre le chanteur-bassiste Tom Araya à dos.
Ironie du sort ou mauvais jeu de mots, une chirurgie au dos d’Araya était à l’origine des remaniements de dates de concert de l’automne. «On revenait d’Australie, et après nos derniers concerts on chillait dans la même loge. Alors la mésentente qu’il y a pu avoir dans le passé est dissipée», indique Mustaine de but en blanc. La mésentente originale datait de la tournée Clash of the Titans (deuxième jeu de mots prémonitoire, ici!) dans les années 90, alors que les deux groupes tournaient avec Anthrax, Suicidal Tendencies et Alice in Chains.
Parmi ses hauts et ses bas, après sa toxicomanie puis sa cure, sa rancune envers la vie en général et, plus spécifiquement, envers Metallica pour l’avoir largué à quelques semaines de la sortie de Kill Em All, Mustaine semble serein.
«Il y a des jours où tout est au beau fixe, où on pense avoir fait son meilleur disque à date, et d’autres où on se demande pourquoi on est encore dans ce bateau-là», relativise-t-il.
Ce Endgame est survenu deux ans après United Abominations, et cinq après The System Has Failed, le grand cri du guerrier qui a ramené Megadeth sur le chemin tortueux du metal après un hiatus menaçant en 2002. Tout un comeback: le célèbre guitariste avait en effet reçu le diagnostic d’une neuropathie du nerf radial, c’est-à-dire au bras, à l’époque. En 2004, il se convertissait au christianisme.
«Mon état d’esprit en 2002 était très simple: j’étais foutu. Aujourd’hui, je me sens au top de ma forme. Je m’entraîne, je prends des vitamines, je ne suis pas un trou de cul envers les autres, je ne suis pas râleur ni un avare, je participe à des organismes de charité… Et puis l’album est super.»
C’est à se demander si l’un des plus virulents ambassadeurs du thrash metal n’a pas changé son fusil d’épaule, au point de ne plus user de la colère comme source d’inspiration – chose qu’il avouait à pleines dents auparavant. Mais le groupe revient régulièrement à ses racines, notamment en jouant Rust in Peace dans son intégralité ce samedi à Heavy MTL. «J’ai grandi pauvre, ma mère était une femme de chambre, mon père était colérique, on devait recourir à des banques alimentaires pour se nourrir.
J’ai pris beaucoup de drogue… Mais il n’est pas nécessaire de passer par là pour écrire des pièces où la frustration règne. Je suis un livre ouvert, et je parle parfois trop vite, sans réfléchir. Mais je n’ai jamais été un si mauvais gars. Une chose est sûre: je ne suis pas le genre de déchet qui va cacher ton stock et prétendre t’aider à le trouver ensuite.»
Bon. Cette dernière phrase est-elle attribuable à James Hetfield et Lars Ulrich de Metallica, qui ont mis sacré Mustaine dehors sans autre forme de procès en 1981, et qui auraient usé de certaines humiliations du genre pour évincer leur bassiste Ron McGovney quelques années plus tard? Dur à dire.
Mustaine a longtemps été accusé de faire de cette vieille rancune contre Metallica, une rengaine. La plaie n’est peut-être pas encore totalement refermée, mais un baume est arrivé l’année passée avec la parution du livre-palmarès 100 Greatest Metal Guitarists de John McIver, où Dave est sacré meilleur au monde… devant James, en position 16, et Kirk Hammett, son ultime remplaçant, en position 5.
«La lecture du livre m’a beaucoup touché. J’ai débuté par la fin pour terminer à la première position, et au fil des pages, j’ai trouvé l’écriture très pertinente. Pas de bullshit. Particulièrement à propos de moi: McIver dit que, même si les gens ne m’aiment pas parce que j’ai une grande gueule ou quoi que ce soit, je suis techniquement très doué. Et c’est vrai! Pas besoin d’être mon meilleur ami pour apprécier mon jeu de guitare.»
Megadeth et Slayer figurent à l’horaire du samedi du festival. Pour lire nos 10 raisons de se garocher à Heavy MTL ce week-end, cliquer ici.
par Evelyne Côté







