Ce jeudi 22 juillet, dans le cadre du Zoofest, le Comte de Bouderbala débarquait sur les planches du Café Cléopâtre. Un tel nom de scène, dans un tel lieu (presque légendaire, il va sans dire), laissait présager un spectacle explosif.
Déception: le spectacle, bien qu’agréable, était dénué de la magie escomptée. Heureusement, il y avait des lumières de Noël au plafond pour compenser. Un résultat probant, somme toute.
Le comte de Bouderbala est un personnage. Il faut le savoir, parce qu’aucun costume n’est en jeu. Selon l’étymologie arabe du mot Bouderbala, il faut comprendre qu’il s’agit d’un comte en haillons, le comte des désargentés, celui qui a le droit de se moquer, pour un moment, des grands de ce monde.
Sympathique il est, le comte, mais il aurait avantage à étoffer davantage son personnage. Le concept est charmant, mais nébuleux.
Outre ce détail frappant, il faut dire que le comte offre une performance singulière, abordant les éternels thématiques du stand-up (anecdotes de la vie quotidienne) de façon bien nonchalante, en articulant sans trop le faire, saupoudrant son discours de mots en verlan, ce qui le rend attachant et lui donne un style plus rigolo que drôle.
Celui qui se présente comme «le seul fils d’Algérien qui a une tête de Portugais et un corps de Turc» évoque la difficulté de rencontrer l’âme sœur, les relations amoureuses, les différences culturelles entre Américains, Français et Québécois. Il parle de l’enthousiasme des New Yorkais, il constate que l’anglais est une langue d’action: «Quand tu entends de l’anglais, il se passe toujours quelque chose: Fuck off! Shut the fuck up! Mother Fucker! Tu as vu comment ils se flinguent les Américains, c’est la classe, ce sont des esthètes du pistolet, des athlètes du flingue!». Il chiale contre la France: «Pourquoi la France ne fait pas la guerre? On a déjà assez de problèmes avec nos banlieues! De toute façon, la seule guerre que les Français ont gagné, c’est la Révolution française. Des Français contre des Français, ils n’avaient pas le choix de gagner!» Il aborde aussi diverses étapes de son parcours de vie: enseignement, basketball, slam («le slam est le cousin du rap, sauf qu’il est allé à l’école»). Bref, un bon spectacle, qui a de la personnalité, mais qui manque un peu d’originalité. D’où l’intérêt d’étoffer le personnage.
Heureusement, il y avait aussi Ary Abittan en première partie: jouer des personnages est la spécialité du jeune humoriste polyglotte, ce qui en fait un nouvel héros des temps modernes.
En effet, il y a tant de soirées de stand-up francophone à Montréal qu’il ne peut être que rafraîchissant d’assister à une performance plus théâtrale que narrative. Ary Abittan se transforme tour à tour en dépendant affectif jaloux, en homme qui a peur de tout, en animateur arabe de nouvelles télévisées, en météorologue italien, en vieillard veuf et en homme qui fait une demande de divorce pour casser la monotonie de son quotidien: de grosses caricatures, délicieusement exagérées, absurdes, sarcastiques et cyniques à la fois. Il convient de faire une mention spéciale à ce jeune Abittan, qui a compris que son nom de famille le rend infiniment sympathique aux Québécois.
par Christine Berger







