HEAVY MTL: LE GALA

Difficile de décrire précisément ce que nous avons vécu ce week-end lors de la deuxième édition du festival Heavy MTL. Disons simplement que les suites ne sont pas nécessairement moins bonnes que les originaux.

Des rencontres intéressantes, des surprises exaltantes et des spectacles flamboyants ont ponctué notre pèlerinage au pays de la brutalité récréative. Pour éviter de vous faire part de mes moindres déplacements, ce qui serait un peu long, je vous ai concocté un mini gala textuel. Voici donc sans plus attendre mes coups de cœur et mes coups de poing.

Découverte de l’année

Sans contredit, SkeletonWitch. N’étant pas un grand amateur de deathcore ou de black metal, je me suis surpris à vraiment tripper lorsque ces gars-là se sont mis à s’énerver sur le stage. Barbu et portant le traditionnel bracelet de studs trop gros, le chanteur Chance Garnette sonne vraiment comme une sorcière squelettique sonnerait. Bon je n’en ai jamais rencontré une, mais je  ne dois pas être loin de la vérité. Clair que ce type ne se prend pas trop au sérieux, en dépit de la musique agressive. Des calls comme «How many weed smokers/ beer drinkers/pussy eaters in da house?» balancés entre des tounes semblant très sérieuses, ça n’a pas de prix en termes d’hilarité. Premier bon show du festival.

Band le plus cave

Five Finger Death Punch. Pour comprendre le degré de «redneck-itude» (is that a word?) de ces zoufs de LA, voici une anecdote savoureuse: pendant qu’ils étaient en tournée avec eux, les gars de The Red Chord, toujours pleins d’humour, les ont présentés à la foule en les appelant Five Flavor Fruit Punch. Les rednecks ont par la suite voulu se battre avec eux et ils ont dû faire une réunion sérieuse avec eux pour régler ça. À partir de cette anecdote, vous pouvez sans problème deviner le style de rock con et vide qu’ils produisent. Du metal pour ceux qui pensent que Disturbed est heavy. En prime, il a fallu endurer leur gros logo laid pendant les shows qui les précédaient, un gros poing américain en acier trempé installé depuis le matin parce que trop lourd à déplacer.

Meilleur espoir

Formé à London, Ontario en 2007 pour passer le temps alors qu’il n’y avait pas de hockey à la télé en raison de la grève, Baptized in Blood a tôt fait d’impressionner les bonzes de Roadrunner. Les gars ont à peine 25 ans et sonnent comme un mélange de Lamb of God et de groupes plus hardcore. Ils ont donné leur plus gros spectacle en termes d’auditoire ici-même, ce qui a bien impressionné Nick Bertelsen, guitariste rencontré en coulisses après une performance qui nous porte à croire qu’on n’a pas fini d’entendre parler d’eux.

Band le plus crinqué

Airbourne. Je n’ai jamais été fan de cet hommage à AC/DC déguisé, mais je dois admettre que les gars savent donner un sacré show. Le chanteur Joel O’Keeffe est monté sur les échafauds entourant la scène avec sa guitare en bandoulière, histoire d’aller jouer un solo en hauteur. C’est confirmé, il n’a pas le vertige. Il est ensuite revenu sur la scène pour se péter des cannettes de bière sur la tête et les garocher dans la foule. Bref, c’était salement rock, même si je reste incapable de retenir ne serait-ce qu’une seule de leurs chansons.

Band qu’on hésite à aimer ou détester

In This Moment. Tout adolescent bourré d’hormones a des fantasmes inassouvis. Celui de la cheerleader chanteuse de hardcore en est un et Maria Brink l’incarne à merveille. Un corps de déesse, des longs cheveux blonds et une robe courte de couleur argent  enveloppent une voix capable de terroriser vos grands-mères. C’est joli, ça oui! L’ennui, c’est que ça sonne également comme si Marie-Mai était capable d’assumer son côté metal tout en restant pop et simplette. On se tanne assez vite du côté toujours trop propre et vaguement gothique-à-go-go de l’entreprise.

Moment le plus touchant

Melissa Auf der Mauréal, comme elle s’est elle même présentée à la foule, est une fangirl devenue rockstar. Pas étonnant donc qu’elle ait rendu hommage à Peter Steele, chanteur de Type O Negative, décédé en avril dernier. C’est avec beaucoup d’émotion qu’elle a repris le medley de Black Sabbath que le groupe avait l’habitude de faire en spectacle, les paroles faisant référence au géant disparu en prime. Étant moi-même fan de ce groupe unique, j’en avais la larme à l’œil. On a recroisé Melissa à plusieurs reprises durant le festival: elle recevait plusieurs autres groupes en entrevue. Fan un jour

Performance la plus minable

J’avoue que je l’ai manqué pendant que j’interviewais Brann Dailor, batteur de Mastodon, en coulisses, mais j’ai entendu dire de source sûre que Burton C. Bell de Fear Factory chantait affreusement mal tout au long de son set. S’il y a un retour qui me passe 100 pieds par-dessus la tête, c’est bien celui de ce groupe de metal industriel pour futuristico-geeks, même si j’ai beaucoup aimé Demanufacture quand j’étais plus jeune.

Meilleur visuel

N’en déplaise à Rob Zombie, ses robots et ses pétards, qui en valaient quand même largement la peine, Alice Cooper remporte cette catégorie haut la main. Ironiquement, c’est le bassiste de Rob, Piggy D, qui est responsable de la direction artistique et visuelle du spectacle de Cooper. Le sexagénaire n’a pas prix une ride et assure comme le gamin exubérant qu’il était dans les années ‘70. Maquillage, camisole de force, guillotine, cadavre de mariée, colliers de diamants balancés à la foule et poison injecté par une seringue géante, ne sont que quelques-uns des éléments scéniques d’Alice, qui est mort trois fois pendant qu’il nous balançait hit par dessus hit. Pour faire une histoire courte, disons simplement que le show a commencé avec «School’s Out» et que le rythme n’a jamais diminué. On en aurait voulu encore, mais que voulez-vous, Megadeth suivait!

Meilleur show, toutes catégories confondues

Mastodon et Slayer sont bien sûr en nomination pour leurs excellentes perfos mais le gagnant est… MEGADETH! MEGADETH! MEGADETH!  Après nous avoir impeccablement balancé Rust in Peace dans la gueule, ils ont joué «Trust», «Headcrusher», «Peace Sells but Who’s Buying» et le grand classique «Symphony of Destruction». Nous avons quittés le parc Jean-Drapeau heureux et en route vers… plus de MEGADETH!! À deux heures du matin, le groupe a remis ça dans un Métropolis à moitié plein pour d’autres hits et nouveautés pendant presque une heure. J’étais à six pieds de Dave Mustaine et j’ai attrapé au vol le pic de basse de Dave Ellefson, juste pour vous faire un dessin. Un moment magique qui ne se reproduira pas et qui restera bien ancré dans ma mémoire de fan! Je suis rentré à la maison bien sonné vers les 4h en me disant que le dimanche serait difficile et surtout moins intéressant. Difficile, voire impossible d’accoter une journée comme celle de samedi…

Meilleure performance vocale

Jonathan Davis de Korn. Je m’attendais un peu à voir un band arrivé au bout de son rouleau, mais je me suis royalement trompé. Je ne sais pas à quel point la présence du nouveau batteur Ray Luzier pousse les membres restants de Korn à se surpasser, mais une chose est sûre, il y a un sacré bout de temps que le groupe n’a pas sonné aussi bien. On a même eu droit à de la cornemuse lors de l’intro de «Shoots and Ladders».  D’ailleurs on aurait pris beaucoup plus de pièces des deux premiers albums, mais John était tellement tight qu’on aimait même les morceaux plus récents, quoiqu’on aurait pu se passer de l’insupportable «Got The Life» au profit d’autres chansons du nouvel album.

Rencontre la plus étrange

Parlant de Korn, je dois vous raconter cette anecdote étrange. J’étais accompagné de Kristof et Klimbo, deux potes journalistes du BangBang, et nous étions censés rencontrer deux membres de Korn. Je devais m’entretenir avec le guitariste Munky et eux avec Fieldy, le bassiste. Finalement, Fieldy nous a pris tous les trois en entrevue, parce que Munky faisait la sieste avant le spectacle. L’entrevue s’est très bien passée et Fieldy nous a parlé avec enthousiasme de Korn et de ses autres projets, Still Well et Bassically. Vingt minutes plus tard, la responsable de Roadrunner est venue le chercher et elle nous a, pour ainsi dire oublié près des autobus de tournée du groupe. C’est à ce moment que Jonathan Davis est sorti avec une chaise de camping pour fumer une clope à quelques mètres de nous. Les gars ont pris leur courage à deux mains pour aller le saluer et lui faire signer des albums et je les ai suivis pour serrer la main de cette voix, qui a bercé mon adolescence troublée. À la surprise générale, le leader de Korn nous a semblé vulnérable, chétif et très sweet, un peu comme un chaton. C’est comme s’il était demeuré l’enfant abusé qu’il dépeint encore et toujours dans ses chansons. Weird! C’était peut-être juste une impression, mais n’empêche que  nous l’accusions tous d’avoir inventé son personnage de victime et qu’il nous a fait ravaler nos suppositions.

La bonne idée pas si bonne que ça

La troisième scène du dimanche. Ce petit stage était trop près des grosses scènes et présentait des shows en même temps que celles-ci, un magma sonore confus dérangeait alors les gens situés entre les deux.  Pas top…

L’élément le plus irritant

Le son n’était pas toujours au point. Des exemples parmi tant d’autres? Melissa Auf der Maur a chanté une bonne toune et demie dans un micro qui n’était pas monté. Il a fallu attendre quatre pièces de Mastodon avant que le son soit au point et une guitare a disparu pendant «Rust in Peace», moment clé du set de Megadeth. On prend des notes pour la prochaine édition, d’acc?

par Charles Laplante / photos Susan Moss et Tim Snow pour Heavy MTL