ÇA VA COGNER

Alors voilà, dans quelques jours le festival Heavy MTL aura enfin lieu. Je dis enfin parce que je n’en peux plus d’attendre, depuis l’édition originale en 2008, et que mes proches pourront finalement m’entendre parler d’autre chose.

C’est que nous ne partageons pas tous la même passion du metal. Loin de là. Aux détracteurs, je donne partiellement raison. Comme tous les styles de musique, le heavy contient lui aussi son lot de cochonneries. Qu’à cela ne tienne, et histoire de séparer le bon du mauvais, voici 10 raisons qui me poussent à rêver de ce week-end depuis le mois d’avril.

10. La foule hétéroclite. On trouve de tout dans le parc Jean-Drapeau pendant ces deux jours. Des vieux trippeux qui n’ont jamais décroché jusqu’aux jeunes emos maquillés, en passant par les amateurs à temps partiel. Impossible de s’ennuyer en essayant de deviner qui a le plus chaud (en raison de la combinaison fringues noires/poil long/soleil de plomb) ou en cherchant le fan le plus crinqué. La variété s’applique également aux groupes invités, qui font presque tous partie de sous-genres plus menaçants les uns que les autres (doom, nü, speed, trash… alouette!).

9. Alice Cooper. On est en droit d’être très intrigué par la présence de Papy Alice, ses yeux noirs et son fringuant début de soixantaine. Ses spectacles ont apparemment toujours été à la hauteur de sa réputation. On doit à l’ancien protégé de Zappa plusieurs hits (School’s Out, I’m Eighteen, No More Mr. Nice Guy, etc.) ainsi que la naissance du shock rock, style qui a, depuis, fait plusieurs petits dont un certain Rob Zombie, sur lequel je reviendrai plus loin.

8. Les Ékorchés. Qu’on aime ou non le style Lucien-Francoeur-en-beau-calvâsse du chanteur Marc Vaillancourt, force est d’admettre que la formule métallo-acoustique des Ékorchés est unique. Le supergroupe, formé de membres de Voïvod, Ghoulunatics et BARF est cette année le seul représentant francophone du festival, en dépit du fait que cette ville pullule de groupe metal. À la prochaine édition, on veut l’Académie du Massacre aussi, bon.

7. Norma Jean. Associée au metalcore depuis ses débuts, cette formation d’Atlanta transcende la formule simplette du genre grâce à ses compositions complexes et étoffées. Meridional, son cinquième album, a été réalisé par Jeremy Griffiths (SAOSIN, Cool Hand Luke), alors que la production des deux gravés précédents était assurée par Ross Robinson, producteur vétéran à l’origine du nü metal et réalisateur d’albums mythiques (Roots de Sepultura, l’éponyme de Korn et Slipknot, Relationship of Command d’At the Drive-In et des tonnes d’autres).

6. KoЯn. Riez tant que vous voulez, mais quand j’avais 15 ans, j’avais des tresses plein la tête et je portais des tracksuits Adidas. Tout ça à cause de KoЯn, groupe aux coupes de cheveux les plus influentes depuis Farah Fawcett. Mon meilleur ami et moi avons tellement écouté leurs deux premiers albums dans nos walkmans Sony jaunes, qu’il fallait constamment les réenregistrer sur cassette à partir des disques, fautes d’avoir des lecteurs de cd portatifs. Le fait que je les ait tant aimé est la seule raison pour laquelle j’opine du chef lorsqu’on me demande si j’ai hâte de les voir. Oui, d’une part parce que je ne les ai jamais vus et de l’autre, parce que leur nouvel album est un retour aux sources calculé qui, malgré que ça sente un peu l’arnaque, fonctionne. On peut presque appeler ça «faire un Metallica»!

5. Le site extérieur. D’emblée, rien ne bat l’ambiance des festivals extérieurs à Montréal, surtout lorsqu’une bonne sono est de la partie. S’il fait soleil on se fait bronzer et s’il pleut, on se roule dans la boue pour trasher.

En bonus, c’est toujours drôle d’explorer les curiosités qu’amène le festival, comme cette forêt d’urinoirs de plastique qui nous fascine encore quelques années après son installation.

4. Mastodon. Mastodon représente le tout dernier palier évolutif du metal. Avec ses influences classic rock et progressives, ce quatuor d’Atlanta a su insuffler un renouveau dans un genre qui stagnait un peu à l’aube des années 2000 en raison des trops nombreux clônes de KoЯn et Limp Bizkit (Papa Roach, Staind, Cold, etc.). Près de 10 ans plus tard, ceux-ci ont laissé leur trace dans les influences de beaucoup de groupes très talentueux comme Baroness, Kylesa ou Black Tusk. Ils étaient de la première édition du festival et c’est un réel privilège d’avoir l’occasion de les revoir cette année.

3. Rob Zombie. Robots géants, stripteaseuses et nains possédés font tous partie du quotidien scénique du roi des entertainers. S’il est devenu un peu redondant sur disque dans la dernière décennie, l’ex-leader des mythiques White Zombie est tout sauf ennuyant sur un stage!

2. La fête. Qui dit amateur de heavy dit amateur de houblon et autres substances illicites. Au dernier Heavy MTL j’ai même vu des joyeux fêtards déterrer de la bière enfouie sur le site quelques jours plus tôt. Il faut dire que quand ça rocke autant sur une scène, c’est difficile de rester propre, bien mis et cohérent… Mais on adore ça parce qu’ainsi, l’expression musique de crottés prend tout son sens!

1. Megadeth/Slayer. N’en déplaise aux fans d’Iron Maiden, la double tête d’affiche de cette année supplante à plates coutures celle de la première édition. Slayer et Megadeth, l’un après l’autre. Le wet dream ultime du fan de trash metal deviendra réalité samedi soir le 24 juillet. Pour ajouter au délire, Megadeth jouera son meilleur album, Rust in Peace, d’un bout à l’autre (lire notre entrevue avec Dave Mustaine ici) tandis que Tom Araya et sa troupe s’attaqueront à Seasons in the Abyss de la même façon. C’est que les deux œuvres magistrales et essentielles ont tous les deux vingt ans cette année, alors il fallait bien souligner ça!

Nom de diable, serait-ce le show metal d’une vie? Possiblement. Assurément.

Samedi et dimanche 24 et 25 juillet au Parc Jean-Drapeau, de 13h à 23h. Programmation et horaire détaillés ici.

par Charles Laplante / photos de l’édition 2008 par Susan Moss et Myrtice Otte