FANTASIA EN RAFALE

Abreuvé de sensations fortes, parcourant de long en large les projections du trop bref Fantasia, notre collabo Alexandre Paré se confie au grand public à propos de films qui l’ont marqués en bien et en moyen.

La Meute (France/Belgique, 2010)

Ça doit être à la fois le cauchemar et le rêve pour un réalisateur plus ou moins conscient de ce qu’il fait de devoir se dire « la prémisse de mon film est on ne peut plus clichée, je dois la traiter de façon inusitée. » Dans La Meute, Charlotte (Émilie Dequenne), qui cherche vraisemblablement à laisser sa vie derrière elle prend la route, seule, et descend vers le Sud. Sur son chemin, elle croisera une bande de motards aux intentions aussi claires que vulgaires et elle acceptera de prendre Max (Benjamin Biolay), un auto-stoppeur avec qui elle s’entendra relativement bien. Le couple fait escale à La Spack, un resto crado le long de la route déserte qui porte le nom de sa propriétaire (Yolande Moreau, qui livre une performance impressionnante). Max va à la salle de bain et se volatilise. Jusqu’ici on nage encore dans le conventionnel et l’on est en droit de s’attendre à ce que la formule réchauffée devienne indigeste.

Le scénariste et réalisateur Franck Richard, qui signe ici son premier long-métrage, a cependant préféré, à l’instar de son héroïne, la lenteur des petites routes sinueuses à la vitesse des grandes autoroutes. Un choix judicieux pour lui, funeste pour elle. La Meute avance lentement, au rythme de la campagne dans laquelle le film se déroule, et Richard parvient habilement à déstabiliser son auditoire à l’aide de revirements fort efficaces. Les références à Texas Chainsaw Massacre sont nombreuses et délibérées : l’auto-stoppeur, le frigo, la porte coulissante, une décoration faite d’os d’animaux ainsi qu’une série de thèmes sous-jacents (cannibalisme, échec du capitalisme, abandon de certains secteurs d’activité industrielle, unité familiale, etc.). Un hommage évident et réussi qu’il remballe rapidement pour ne pas qu’on s’y perde. On y verra aussi des références aux nombreux films de zombies, à The Descent et à From Dusk till Dawn.

La Meute n’est pas un film d’horreur conventionnel. En fait, ce n’est pas un film d’horreur, et c’est probablement ce qui pourrait décevoir un public qui s’attendrait à avoir peur. Il s’agit d’un film auquel il faut s’abandonner et accepter de se soumettre au rythme qu’il nous impose car c’est là qu’est tout son intérêt. C’est certainement cela qui rendra sa distribution difficile.

Doghouse (Royaume-Uni, 2009)

Six hommes, dont l’âge mental ne dépasse guère les six ou sept ans, se donnent pour mission de remonter le moral de l’un d’entre eux qui se remet mal de sa dernière rupture. Ils partent pour la fin de semaine dans un village au fin fond de nulle part afin de lui prouver que toutes les femmes ne sont pas des castratrices tortionnaires comme son ex. Arrivés au village, les gars se rendent vite compte que tous les hommes ont été dévorés par les femmes, victimes d’une substance chimique ayant fait d’elles des zombies.

Doghouse est une comédie de gars qui ne parvient pas à voler assez haut pour s’élever au niveau d’autres comédies du même genre. Disons simplement que Doghouse est à Shaun of the Dead ce que François Massicotte est à Jerry Seinfeld. La direction artistique est la même que celle d’une publicité de Molson Ex et les lieux communs concernant les relations hommes-femmes s’y retrouvent tous. Plusieurs gags fonctionnent, mais on n’aura pas envie de le revoir.

High School (États-Unis, 2010)

On en a soupé des comédies idiotes et vulgaires qui tournent autour d’ados plus cons les uns que les autres à quelques jours de leur graduation d’une école secondaire anonyme Américaine. High School n’appartient cependant pas aux American Pie et cie. On le classera d’avantage parmi les Dazed and Confused, Animal House, The Breakfast Club et Fast Times at Ridgemont High.

À la veille du dernier jour d’école, Henry (Matt Bush), premier de classe qui vient d’être accepté au Massachussetts Institute of Technology (MIT), accepte le joint que lui offre son ami d’enfance Travis (Sean Marquette), le cancre de service qui trouve sa place à l’autre bout du spectre des performances scolaires. Comme le personnage du film éducatif portant sur les conséquences de la consommation de drogues que leur avait présenté leur professeur, Mr. Thompson (Curtis Armsrtong, Booger dans Revenge of the Nerds), Henry voit son avenir reluisant se ternir rapidement. Obsédé par la consommation de pot chez les jeunes d’aujourd’hui, le directeur de l’école ultra conservateur, Mr. Gordon (Michael Chiklis, The Shield) organise une vaste campagne de dépistage lors de la toute dernière journée d’école. Henry et Travis trouvent le moyen de sauver les meubles en servant à tous les élèves de l’école des brownies contenant un puissant dérivé de THC qu’ils ont volé chez le pusher local, Psycho Ed (Adrien Brody, étonnamment brillant dans le rôle d’un pothead névrosé). Le plan déraille, comme de raison, pour notre plus grand plaisir.

Financé de façon entièrement indépendante et ne comptant que sur un budget de 10 millions US$, High School est une comédie absurde qui doit autant à l’œuvre de John Hughes qu’au répertoire de Monty Python. C’est ce qui pourrait toutefois nuire à son succès commercial, puisque s’il a tout pour devenir un film culte, High School pourrait bien passer inaperçu auprès du grand public. La production serait d’ailleurs, aux dernières nouvelles, toujours à la recherche d’un distributeur.

par Alexandre Paré