DIE ANTWOORD: FOKKEN ZEF

Quand Ninja, MC efflanqué et tatoué tout croche, dit en entrevue: «You know when you haven’t changed your underpants, and it’s smelling funky? South Africa’s pretty fuckin’ funky», on le croit sur parole.

Du moins en entrant dans son monde, celui de Die Antwoord, groupe zef-rap trash de Cape Town qui ne cesse d’attiser autant d’ire que d’amour sur le web.

En attendant un premier album qui sera lancé sur Interscope cet automne, le trio (fait de Ninja et de Yo-landi Vi$$er aux micros et du DJ Hi-Tek aux consoles) effectue sa première tournée à vie en sol nord-américain. Et les kids capotent, à Montréal comme à Brooklyn.

Juste avant que leur prestation de mercredi passé au National ne débute, notre photographe Jose Enrique Montes Hernandez, dont le talent matche l’étendue du nom, me demandait très simplement si j’étais venue pour la hype ou pour le groupe en tant que tel.

Ma réponse a été longue, semi-savamment saupoudrée de bémols et de demi-mots, et se résume un peu ainsi: «la hype naît rarement de rien; par contre j’ai écouté leur EP à venir et c’est franchement assez simplet comme musique; mais-mais-mais j’ai besoin de voir par moi-même».

Et quelle vue. Die Antwoord ont beau proposer une musique post-rave aux accents dub et acid assez primitive, du genre comptine électro en manque de Ritalin, l’énergie et l’esthétique du groupe est si brute et directe qu’elle a fait mouche dès les premiers beats.

Le National au grand complet a levé les bras en criant pour accueillir la mini bombe sexuelle qu’est Yo-landi et son dérangé Ninja, avant même qu’ils ne fassent exploser leur set avec «Wat Kyk Jy», dont les paroles teintées d’afrikaans nous envoient tous paître comme suit: «Wat kyk jy? Fokol. Wat kyk jy? Poes. Wat kyk jy? Fok jou. Wat kyk jy? Jou naai». En gros, What do you see? Fuck all. What do you see? Cunts. What do you see? Fuck you. What do you see? You suck.

Parmi les doigts d’honneur sur scène et les paires de boules dans la foule, d’autres moments forts ont été «Zef Side (Beat Boy)», dont vous pouvez voir le vidéo ici, «$copie (I know What You Want Boy)» avec ses visuels de nymphes-souris nues et gros plans d’entrejambes féminins, et «Rich Bitch» juste pour la voix de chipmunk surréelle de Yo-landi.

La recette? Pas mal de piss and vinegar qui rappelle les belles années du punk et/ou d’Eminem, des dessins qui rappellent la craie du primaire et l’art naïf à la Keith Haring, du sexe un brin hargneux, du white-trash pur et une fascination pour les déformations physiques.

Si maigres et piquants soient-ils, Ninja et Yo-Landi exsudent le sexe (d’ailleurs elles étaient plus qu’une spectatrice aux toilettes à replacer leurs g-strings et autres attributs avant le show), et si limités soient-ils côté paroles (franchement la moitié du temps on ne comprend rien de ce que le groupe raconte), Die Antwoord sont fokken éloquents.

À défaut de se démarquer sur disque, Die Antwoord aura clairement donné l’un des concerts de l’année.

par Evelyne Côté / photos noir et blanc Jose Enrique Montes Hernandez et couleur, Yannick Grandmont