CHANTE-LA TA CHANSON

Si vous avez aimé le film La mélodie du bonheur (The Sound of Music) vous serez enchanté de voir la comédie musicale du même nom. Parce que c’est pareil. Denise Filiatrault ne sort pas des sentiers battus, elle ne se prête pas au jeu d’interprétations psychanalytiques, surréalistes, marxistes ou déconstructivistes.

Et c’est très bien comme ça: le spectacle s’adresse à des familles ou à des nostalgiques. C’est l’occasion de découvrir ou de se replonger dans cet impérissable classique et il n’y a pas un cheveu qui dépasse dans cette production. Florie Gauthier-Valiquette en Maria est parfaite pour exprimer un enthousiasme juvénile difficilement réprimé, Noella Huet en Mère supérieure vole la vedette lorsqu’elle est sur scène, Robert Marien endosse le personnage du Capitaine Von Trapp de façon correcte, les enfants sont tous très justes et très convainquants et la petite Gretl de cinq ans est définitivement l’enfant la plus craquante à brûler les planches depuis longtemps, du moins à la représentation du 28 juin que j’ai vue.

Et tout ce beau monde chante ma foi fort bien et semble s’amuser comme des fous. Un mot cependant sur le divan qui occupe une place prépondérante dans le décor et que je n’imagine tout simplement pas dans une demeure patricienne en Autriche dans les années 30. Mais bon, nous n’allons pas ergoter sur ce détail somme toute mineur.

Jérémie Boivin Côté (Friedrich), Frédérique Mousseau (Brigitta), Frédérique Cyr Deschênes (Louisa), Alexandra Sicard (Gretl), Marie-Pierre De Brienne (Liesl), Audrey-Louise Beauséjour (Marta), Marco Bocchicchio (Kurt).

Jérémie Boivin Côté (Friedrich), Frédérique Mousseau (Brigitta), Frédérique Cyr Deschênes (Louisa), Alexandra Sicard (Gretl), Marie-Pierre De Brienne (Liesl), Audrey-Louise Beauséjour (Marta), Marco Bocchicchio (Kurt).

Tout cela est donc bel et bon. Je me suis toutefois rappelée avoir lu un article dans Vanity Fair en 1998 sur la véritable famille Von Trapp, article rempli de potins croustillants et j’ai envie de vous en faire part. Si vous voulez bien, allons un peu plus loin que la mélodie du bonheur, le film de 1965 en technicolor, ou la production musicale enchanteresse que l’on peut voir sur scène.

Ces Von Trapp ont effectivement existé et existent toujours. Le Capitaine est mort en 1947 et Maria en 1987. Ils s’étaient mariés en 1927. Arrivés aux États-Unis en 1938 et ne parlant pas anglais, ils sont repartis à zéro et ont vécu d’innombrables aventures dans le processus de rebâtir leur vie et d’en arriver à l’aisance financière.

Maria Von Trapp

Ils se sont établis à Stowe au Vermont et ont construit un complexe hôtelier géré par la famille qui existe toujours et qui a repris le thème de la mélodie du bonheur. Maria Von Trapp ne ressemblait pas tout à fait à la version véhiculée par Julie Andrews ou par les actrices et chanteuses qui l’incarnent sur scène: c’était une forte femme à la voix de stentor qui menait son petit monde à la baguette. Si elle avait effectivement un esprit rebelle et de l’enthousiasme à revendre, elle ne possédait cependant pas la douceur et la diplomatie qu’on lui confère dans la fiction. Et lorsqu’on l’a tiré du couvent où elle était novice pour l’envoyer travailler dans la famille Von Trapp, c’était pour s’occuper d’une seule des petites filles qui était malade.

Le Capitaine, de son côté, n’était pas le personnage contraint et lugubre dépeint dans la comédie musicale: il avait effectivement élevé sa progéniture avec une discipline de fer mais il aimait la musique et passait beaucoup de temps en compagnie de ses enfants. Maria avait 22 ans lorsqu’elle l’épousa et elle avoua plus tard qu’elle ne l’aimait pas d’amour, que c’étaient les enfants qu’elle épousait. Mais le mariage a été réussi et a produit trois rejetons supplémentaires. La famille s’est effectivement enfuie d’Autriche en 1938, mais dans un train à destination de l’Italie, pas à pied dans les montagnes des Alpes.

Aux États-Unis, les tournées de concerts se succèdent sans répit. Le public se bouscule pour voir cette famille qui chante des lieders de Mozart et des chansons folkloriques vêtue de costumes traditionnels autrichiens. L’histoire de la famille attira l’attention de producteurs et Maria, qui avait désespérément besoin d’argent, vendit les droits du film en 1955 à une compagnie allemande pour 9 000$. À l’heure actuelle, les héritiers reçoivent quelque 100 000$ par année en droits, ce qui n’est rien compte tenu du fait que la comédie musicale La mélodie du bonheur est présentée chaque année à travers le monde devant plus de 600 000 spectateurs.

L'originale famille Von Trapp

Le complexe hôtelier du Vermont était la propriété jusqu’en 1987 de 32 membres de la famille, enfants et petits-enfants. Le fils de Maria, Joahannes, a racheté toutes les parts en 1994 et des poursuites en justice ont suivi, certains des héritiers se sentant lésés. Tout a été plus ou moins résolu en 1999 et le Von Trapp Family Lodge accueille toujours des visiteurs et est l’un des principaux sites du Festival Mozart qui a lieu au Vermont chaque été.

Maria Von Trapp était le ciment qui liait cette famille. De toute sa descendance, une seule petite fille poursuit une carrière musicale. Après sa mort, le ressentiment, la jalousie, la mesquinerie sont apparus, les héritiers se sont disputés comme des chiffonniers les bribes de l’héritage, ce qui était finalement bien peu. Maria était une femme en avance sur son temps, une force de la nature et un leader infatigable. Cela transparaît un peu dans la version romancée que nous ont donnée Rodgers et Hammerstein. Mais croyez-moi, la réalité, si elle est moins technicolor, est beaucoup plus intéressante.

La mélodie du bonheur est présentée à la Salle Pierre Mercure dans le cadre du Festival Juste pour rire dès maintenant. Il y a des supplémentaires du 17 au 21 août au Théâtre Saint-Denis.

par MC5