SINGING SIXTIES

Je faisais écouter l’immortelle chanson Coui Coui des Bel Canto à mon fils aîné qui me dit: «Ça me fait penser à une chanson de Rock et Belles Oreilles». Il n’a évidemment pas tort, sauf que si l’on parle de la poule et de l’œuf, les Bel Canto étaient là bien avant que Rock et Belles Oreilles ne les parodie avec Le feu sauvage de l’amour.

Voici d’ailleurs un extrait du texte de Coui Coui:

Y’a sur mon chapeau

Un petit oiseau

Qui chante pour toi

Quand tu n’es pas là

Chœur:

Coui, Coui

Coui, Coui

Vous noterez la richesse des rimes.

Tout ça pour vous dire que j’ai écouté avec beaucoup d’émotion les quatre compilations de L’Histoire des groupes des années 60, revisitant ainsi mon enfance et, oui, chantant à tue-tête certains de ces grands succès qui ont occupé le top 20 du palmarès musical entre 1964 et 1970. Car il fallait bien contrer la British invasion qui déferlait sur l’occident  et je n’hésite pas à dire que ces groupes de garçons (et de quelques filles, quand même) tous plus chevelus les uns que les autres ont contribué à préserver notre identité musicale française.  L’Hexagone avait Johnny Hallyday, nous avions les Sinners, les Classels, les Sultans, les Hou-Lops et César et les Romains. On pouvait les entendre chaque semaine à Jeunesse d’aujourd’hui, le rendez-vous incontournable, et ils ont vendu des millions d’albums avec des créations originales (hum…) ou des traductions françaises de chansons anglaises ou américaines pour lesquelles, je suis à peu près sûre, ils n’ont jamais payé un sou de droits.  Mais on s’en foutait, on ne voulait que danser et chanter. Et nous sommes après tout des Américains qui parlent français.

Les quatre CD jouent bien sûr sur la nostalgie des baby boomers dont je fais partie. Et nous rappellent une époque bien différente de la nôtre : il faut écouter Fume Fume Fume des Excentriques, une ode pour encourager les ados à griller une cigarette et à prendre la vie relax.  Et la plupart des chansons d’amour font l’apologie du couple se perdant dans une osmose sans retour. Le féminisme n’a pas encore frappé, manifestement, mais c’est pas grave. Ce qui m’a frappée c’est également le fait que beaucoup des chansons se rapprochent de la comptine pour enfants avec leurs paroles simplissimes, les refrains accrocheurs et les harmonies passe-partout (Whoo,Whoo). Et en fait, nous étions encore bien proches de l’enfance lorsque nous écoutions ces mélodies et c’est pour cela qu’elles sont si évocatrices, nous rappelant une époque bénie, moins compliquée, où, sur ce fond musical, les étés s’éternisaient. C’était le temps de notre premier slow, des premiers baisers et des premières rébellions. Ce que l’on n’oublie jamais.

Sur chacun des CDs il y a suffisamment de chansons pour alimenter un agréable et significatif retour sur les souvenirs. Ce qui est bien parce que se procurer les quatre représente tout de même un petit investissement. Il ne reste qu’à attendre les CD qui feront la compilation des Pierre Lalonde, Donald Lautrec, Renée Martel et tutti quanti. On a bien hâte.

par MC5