SEIGNER SUR SCÈNE

Difficile de s’y retrouver dans cette Place-des-Arts, notre bunker culturel tout de béton.  Les rénovations si nombreuses et tout aussi exhaustives nous plongent dans un décor aux allures d’aéroport Trudeau au lendemain de sa victoire sur Mirabel.

C’est à travers les échafaudages, les murs temporaires en placoplâtre et les indications imprimées à jet d’encre que je trouvai mon chemin vers la petite, quoique charmante, Cinquième Salle.  Là, nous étions plusieurs à attendre la femme du cinéaste le plus recherché du pays d’Obama.

Cheveux légèrement en bataille, chemise à carreaux, jeans noir moulant et bottillons de cuir brun, c’est un Harrison Ford plus jeune s’enquérant sur sa femme que l’on aurait pu imaginer surgir des coulisses.  C’est pourtant avec une garde rapprochée très réduite que cette femme saveur Mile-End a surgi: un guitariste, un bassiste et un batteur que je ne saurais vous nommer puisqu’absent de toutes documentations jusqu’ici disponibles.

Ce soir-là, bien que ce soit la musique qui nous invitait, nous y furent reçu par une actrice.  Une actrice à nom plutôt qu’à voix.

Visiblement contrainte par cette programmation «Chansons intimes» des FrancoFolies, les quelques premières chansons furent extraites de son album francophone tout récemment paru, au grand plaisir de la portion vieillissante du public massé devant la scène qui fuiront en douce quelques instants plus tard sous l’électrification de la guitare et le poids soudain de la section rythmique.  Un rock propre, clair, très anglais mais interprété à la française s’est donc rapidement imposé, enchaînant les reprises, du thème de Rosemary’s Baby à du Velvet Underground, dynamisant le répertoire original de la chanteuse et permettant au preneur de son de camoufler ses écarts de solfège à l’interprétation.

Très peu loquace entre les morceaux, elle se contentait d’un merci aussi timide que son déhanchement, donné du bout des lèvres d’une jeune fille que les compliments embarrassent toujours.  Chacune des envolées d’applaudissements, presqu’exagérées parce que bien de chez nous, semblait lui donner la force de continuer, apaisant surement une vie privée si écorchée publiquement.

Il aura fallu attendre au rappel, auquel elle ne s’attendait pas, pour qu’elle se donne vraiment au public. Riant, jouant avec lui.  Elle lança quelques que «ooh ohh» de son morceau précédent, que la petite foule lui retournait bien volontiers.  Elle quitta la scène conquise, demandant si on voulait bien d’elle. Ce soir-là, c’est Montréal qui offrit un beau spectacle à Emmanuelle Seigner.

par Vincent Guimond / photos Victor Diaz Lamich pour les FrancoFolies