Le mois de mai est terminé, finishe comme ils disent. Place à juin et aux sorties attendues des Futureheads, de Jack Johnson (hahah NOT), de Ratatat et de Wolf Parade, mais hé ho! Avant de sauter sur le premier venu, prenons un peu de recul sur ce qui vient de passer.
Des albums sortis dernièrement, voici ce qu’on a particulièrement fait tourner.
THE NATIONAL – HIGH VIOLET
Pour Boxer, les cinq gars de The National avait reviré la batterie à l’envers, question de mettre un peu d’arythmie dans ce quatrième et délectable opus qui frôlait parfois, on va se l’avouer, le adult contemporary. Trois ans plus tard avec High Violet, le groupe approfondit encore davantage son décalage sonore en s’éloignant du vernis de Boxer pour aller vers des guitares et des mélodies chantées plus variées, et du coup plus surprenantes. L’expérience du compositeur principal Aaron Dressner en musique contemporaine (il a bossé avec Steve Reich et Philip Glass, et il dirige le label Brassland où on retrouve entre autres Nico Muhly) n’y est pas pour rien, mais son admiration pour les Pixies non plus… «On est allés, mon frère Bryce et moi, jouer chez Kim Deals des Pixies et des Breeders, et elle a lancé au sujet de notre manière plus classique de jouer: ‘c’est quoi tous ces trucs flamenco?’… Ça nous a fait réfléchir». Notre entrevue ici.
THE DEAD WEATHER – SEA OF COWARDS
L’hyperactif leader des White Stripes et la tigresse des Kills remettent ça pour le plus grand plaisir de nos tympans, moins d’un an après Horehound. Ça grince, ça groove, ça ricane, ça distorsionne, c’est bluesy et c’est meilleur que la première fois. En plus des influences blues, on retrouve des envolées zeppelinesques et classic rock qui attendaient patiemment que le groupe se dégêne avant de se manifester. Toujours aussi craquante, la Mosshart est soit une bête de sexe (Gasoline) ou une schizophrène dangereuse (I’m Mad). Jack prend plus de place dans les compositions et c’est probablement ce qui fait toute la différence en terme de qualité. Fait étrange: les seconds albums de ses groupes sont toujours les meilleurs! Pensez à Consolers of the Lonely des Raconteurs qui est de loin supérieur au précédent Broken Boy Soldier… Bon d’accord, on pourrait se chicaner longtemps sur la supériorité de DE STIJL sur l’album éponyme des Stripes, mais il est tout de même meilleur que tous les suivants!
KAREN ELSON - THE GHOST WHO WALKS
Speaking of the devil: si on a pu avoir des réticences concernant le premier album de Mme Jack White (parce que t’sais c’est la femme de… doublée du mannequin qui joue dans les plates-bandes des vrais musiciens), elles se sont toutes envolées dès la première écoute. Karen Elson n’a pas besoin de son mari pour briller. Celui-ci se fait d’ailleurs très discret derrière sa batterie, dissipant la crainte d’avoir droit à un disque solo de Jack chanté par une femme. La grande rousse écrit donc la majorité des paroles et des musiques, épaulée à quelques reprises par la New-Yorkaise Rachelle Garniez. Ses influences et sa versatilité impressionnent réellement. On passe du blues plus traditionnel en passant par le country américain et le rock. Les textes, toujours empreints de tragédie et grandement influencés par le Murder Ballads de Nick Cave and the Bad Seeds, sont plutôt bien foutus et on craque solide pour Garden et Mouths to Feed. Vous pourrez juger la musique de la grande dame de la mode par vous-même le 17 juin alors que Karen et son groupe seront de passage au Club Lambi. Oui, oui, au Club Lambi!
DEFTONES – DIAMOND EYES
En 2008, les Deftones (Chino Moreno, Stef Carpenter, Abe Cunningham, Frank Delgado et Chi Cheng) se sont enfermés en studio avec Terry Date pour enregistrer un album très lourd et expérimental qu’ils ont baptisé Eros. Malheureusement, à la fin de la même année, le bassiste Cheng s’est encastré si fort dans un arbre avec sa voiture qu’il est encore dans le coma aujourd’hui. Les autres gars du groupe ont attendu puis ils ont decidé de mettre Eros sur la glace et de faire un autre album avec leur ami Sergio Vega (ex-Quicksand) à titre de remplaçant temporaire du bassiste convalescent. Diamond Eyes, disque né dans l’ombre de la tragédie, est certainement le meilleur album du quintette depuis Around the Fur (1997). On y retrouve étrangement un groupe au sommet de sa forme et de sa créativité. Il n’y a aucun temps mort et il s’y dégage une tristesse empreinte d’espoir qui sied parfaitement au quintette de Sacramento.
PHANTOGRAM – EYELID MOVIES
Pas un coup de foudre rentre-dedans, plutôt une appréciation qui se développe constamment pour ce nouveau groupe de Saratoga Springs, qui a sorti deux EP en 2009. Voici l’album complet, sorti en février. En duo gars guitariste-fille claviériste qui fait de la psych pop à la base, Phantogram pourrait évoquer une émule de Beach House. Mais si les fans de la paire Legrand-Scally trouveront leur compte ici, on a droit à une dose supplémentaire de beats et d’électronique qui a sans doute été concoctée en distillant du Massive Attack. Les deux membres Josh Carter et Sarah Barthel appellent ça une combinaison de Serge Gainsbourg, d’échantillonnages et de hip-hop de Détroit. Ça s’écoute tout seul en tout cas.
par Evelyne Côté et Charles Laplante






