Ainsi allait la conversation entre un client et le serveur de la terrasse du Belmont, alors que trois tables plus loin, la principale intéressée sirotait tranquillement une sangria accompagnée de son batteur et de son guitariste. Près d’eux des partisans de l’Italie fêtaient une victoire de la Coupe du monde, indifférents à la grande rousse au teint pâle qui semblait apprécier d’être incognito.
Il faut dire que, excepté la poignée d’élues qui ont scoré le titre de supermodèle au mitan des années 90, les mannequins ne sont pas vraiment connues du grand public par leurs noms, à l’instar des acteurs ou des musiciens par exemple. À part les Naomi, Claudia ou Kate, elles constituent des visages et des corps extraordinaires mais familiers sur des publicités… et à moins d’y porter un intérêt particulier, ça ne va pas plus loin.
Les choses risquent toutefois de changer puisque la top-modèle britannique a décidé de troquer la passerelle pour la scène, et c’est précisément pour cette raison qu’environ 120 curieux se sont entassés devant celle du Belmont jeudi soir dernier.
Un peu comme Charlotte Gainsbourg, la belle était accompagnée de musiciens très solides, dont le guitariste Jackson Smith, fils de Patti Smith et mari de Meg White, la multi-instrumentiste new-yorkaise Rachelle Garniez ainsi qu’Olivia Jean, bassiste et chanteuse des Black Belles. Là s’arrête la comparaison avec la fille de Serge, puisque Karen est réellement une chanteuse et compose toutes ses chansons, en plus de s’en tirer pas trop mal à la guitare. On sent en elle le désir de faire de la musique à temps plein et pas juste à titre de sideline. Elle a auparavant chanté en duo avec Cat Power dans une reprise du Je t’aime moi non plus du père de l’autre, avec Melissa Auf der Maur et le Citizens Band de Rachelle Garniez.
On vous à déjà parlé de l’album ici, mais il importe d’ajouter que la voix d’Elson gagne à être entendue en spectacle. Pendant un peu plus d’une heure, nous avons profité de la puissance et de la douceur de celle-ci alors que les Three Babies, Cruel Summer, Stolen Roses et autres pièces de l’album s’enchaînaient sans trop de blabla. On a eu même eu droit à une agréable Milk and Honey, reprise du défunt chanteur folk Jackson C. Frank.
Avant de nous quitter, Karen est remontée sur scène pour interpréter la chanson titre de son album toute seule à la guitare. Le groupe est ensuite revenu une dernière fois pour jouer A Thief at my Door, et nous l’avons franchement aimé, alors qu’elle ne nous avait pas marqué outre mesure à l’écoute de l’album. Bref, on en aurait pris plus, puisque les deux meilleurs titres de l’album ont été omis et qu’une heure, ça passe vite quand c’est bon. Ce sera sûrement pour une prochaine fois et il y aura alors probablement beaucoup plus de gens au rendez-vous. Ce serait en tout cas la suite logique.
par Charles Laplante et Mélanie Boivin / photos Rodolfo Moraga









