DE L’AUTRE BORD

À 20h, le soleil brillait toujours, des bicyclettes couvraient les clôtures à un kilomètre à la ronde, les bières se calaient allègrement et les bidules fluos se faisaient aller aux côtés de quelques drapeaux. Pas de doute, on célébrait la Saint-Jean au parc du Pélican.

C’est Mara qui embaumait l’air de ses tounes à notre arrivée; on a eu droit à Tu n’es pas libre du nouvel album notamment, à une version au ralenti du Teint de Linda, au Spaghetti à papa. Super à l’aise, belle comme tout, voire rayonnante; on était contents de revoir Mara Tremblay sur scène après son hiatus forcé de la dernière année.

(NDLR: ce billet comporte non seulement des photos pas pros pour deux cennes, mais aussi prises sous influence.)

DJ Nikita faisait tourner les platines entre les sets, soutenu par un McGilles toujours aussi impayable. Bonne ambiance, jokes faciles et agréables, électro un peu lourd mais correct. On boit dans les bucks à 2,50$ signés L’Autre Saint-Jean, les enfants sont en forme et les files des toilettes, interminables. En tout, 10 000 personnes se sont pointées.

Par contre – et le bémol n’a rien à voir avec l’organisation (qui n’a réellement péché que par déficit de toilettes) -  il y avait, en plus de la musique du superbe lineup de l’événement, dans l’air un petit malaise. D’ordre politico-social, disons. L’Autre Saint-Jean veut donner une alternative emballante à ceux pour qui Jonas et Marie-Hélène Thibert doivent rester dans la télé, ceux qui éprouvent une saine répulsion à l’idée de se baver dessus en groupe sur des interprétations dégoulinantes de clichés par les mêmes sempiternels artistes. Parce que mon pays, c’est un pays, ce n’est pas le 7 jours.

Mais personne sur scène n’a adressé la question politique. Quelques “Bonne Saint-Jean!” tout au mieux, un inconfort manifeste à se prononcer sur la tournure nationaliste que la fête a traditionnellement prise au fil des années.

Ç’a le mérite de ne pas être hypocrite, de ne pas forcer une note émotive à laquelle il n’y a jamais eu de véritable lendemain. Fred Fortin a là-dessus été, stylistiquement dans son set, le plus – et là je me mords les doigts, parce que j’adore Fred – individualiste. Il est reconnu pour son refus des compromis, et avec son magnifique acolyte Olivier Langevin à la guitare, il est parti dans des méandres blues prog difficiles à suivre pour au moins le trois-quarts des gens présents. Pas suuuuper rassembleur.

La plus verbale sur scène, ç’a été Ariane Moffatt. Fidèle à son habitude, elle a joué un set impec et grand public, faisant se dandiner même certains rockeurs convaincus. À mi-course, elle s’est arrêtée pour confier que, toute la journée durant, elle avait répondu aux questions des journalistes sur la défensive, et tentait de s’expliquer pourquoi.  Elle a simplement résumé en disant qu’elle se sentait choyée d’être là, sur une scène québécoise, pour la Saint-Jean.

Le rock des Breastfeeders est définitivement rentré au poste, mais n’avait  pas lui non plus de place pour les discours patriotiques. Il y a là du bon et du mauvais. La génération des 20-35 ans attirée par l’événement, qui n’a pas nécessairement envie de se frotter aux 200 000 nationalistes d’un jour au Parc Maisonneuve, a le mérite de ne pas parler pour rien dire. Mercredi, c’était clair que la place était à la musique; autrement, on n’a pas dit grand-chose.

par Evelyne Côté / photos bas de gamme par Evelyne, Félix Dyotte et Marie-Elaine Guay