BEAU BORDEL

Je racontais à mon partenaire-dans-le-crime-qui-ne-paie-pas que j’avais regardé les MTV Movie Awards dimanche, et que j’en étais arrivée à un désolant constat: au-delà de l’humour pipi-caca-poil et des gros mots bleepés il y a là-dedans toute une belle jeunesse talentueuse et pleine d’imagination, coincée dans l’engrenage des multinationales de l’entertainment qui ne leur laissent aucune chance de s’exprimer et qui les exploitent légalement jusqu’au jour où ils seront trop vieux, passés date, obsolètes, has-been et à ce moment-là bons à jeter à la poubelle.

Ces beaux et talentueux jeunes gens auront fait un gros paquet de sous dans l’intervalle, les multinationales encore bien plus, mais les jeunes gens n’auront pas vu passer leur jeunesse, on leur aura volé ce qui est si précieux et si fugace: leurs 20 ans.

C’est pour cela que j’ai trouvé le Big Bazar si réconfortant. Michel Fugain a créé l’original en 1972 et pendant plusieurs années grâce à des tournées à-travers le monde, le message d’idéalisme de toute une génération trouvera un exutoire dans un show coloré et vibrant dont beaucoup de chansons deviendront des classiques.

La production que l’on peut voir dans le cadre des Francofolies est à la hauteur. Il y a moins de participants, les décors sont minimalistes et il n’y a pas d’orchestre sur scène mais l’esprit est là, intact.  Les thèmes véhiculés dans les chansons: l’antimilitarisme, le retour à la nature, la beauté et la préservation de notre planète, se tenir debout devant l’adversité, croire en soi, sont tous présents et adoptent une résonance d’autant plus actuelle. Cette génération de gens qui frôlent maintenant la soixantaine ont été les premiers à se préoccuper de ces idéaux, à questionner l’ordre établi, à le contester, et à traduire en chansons que tout le monde fredonnait ces légitimes préoccupations.

Richard Charest, Brigitte Boisjoli et Jayme Rae Dailey se démarquent du lot. Charest adopte le rôle dévolu à Fugain dans la production originale et s’en tire avec élégance et panache, sa diction impeccable et le ton de sa voix, qui rappellent Fugain, y étant pour beaucoup. Brigitte Boisjoli m’a tiré des larmes lors de son solo. Elle chante avec beaucoup de cœur et d’âme; on prédit à cette jeune fille un brillant avenir.

Et Jayme Rae Dailey est certainement la meilleure danseuse du lot. Pour l’avoir vu performer dans So You Think You Can Dance Canada, je savais tout le talent de cette jeune personne et laissez-moi vous dire qu’elle attire tous les regards lorsqu’elle se retrouve sur la scène. Je déplore que la chorégraphe ne lui ait pas demandé davantage, entre autres lorsqu’elle danse avec Daniel Dory sur l’immortelle C’est un beau roman, c’est une belle histoire, C’est une romance d’aujourd’hui, Il montait chez-lui là-haut dans le brouillard, Elle descendait dans le midi… Jayme Rae est une danseuse exceptionnelle et ici elle aurait pu donner encore davantage.

À la fin tout le monde est debout, tape dans les mains et chante C’est la fête et ce spectacle en est effectivement une. C’est frais, jeune, dynamique, attachant. Parfait pour l’été. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir à voir ce Big Bazar qui m’a rappelé plein de beaux souvenirs et m’a permis de constater que ce n’est ni daté ni passéiste, bien au contraire.

Big Bazar est présenté au Théâtre Saint-Denis 2 jusqu’au 18 juin dans le cadre des Francofolies.

par MC5 / photos JF Leblanc pour les FrancoFolies