SOCALLED: LE SOI-DISANT FILM

Il y a ceux qui créent pour vivre et ceux qui vivent pour créer. Socalled, c’est un peu de ceci et beaucoup de cela : un gars, une tête, un imaginaire débridé et fou qui donne lieu à une œuvre forte et originale.

Si vous ne connaissez pas l’artiste du Mile-End pour sa musique délirante mélangeant les rythmes funk à ceux de vieux morceaux obscurs de klezmer, une musique traditionnelle juive, le tout dans un esprit hip-hop et moderne, vous manquez décidément quelque chose. Heureusement, le documentaire The Socalled Movie du réalisateur Garry Beitel arrive sur les écrans pour convertir les profanes du merveilleux monde de Josh Dolgi, de son vrai nom.

«J’ai décidé de faire une croisière-festival yiddish sur la rivière de mon grand-père en Ukraine, pour retourner à la source de cette culture un peu oubliée. L’idée était de rassembler une dizaine de musiciens, de danseurs, de professeurs de langue et de culture avec quelque 200 autres personnes intéressées. J’ai parlé avec Garry, je lui ai dit qu’il fallait venir et faire un film sur le bateau. On a soumis l’idée à l’ONF, mais la productrice nous a dit qu’elle serait plus intéressée à voir un film sur Socalled dans lequel la croisière prendrait part… et voilà donc le Socalled Movie!» Ainsi débute l’histoire de ce documentaire qui nous plonge très creux dans sa socalled life.

On dit souvent qu’une œuvre ne prend pas le temps de sa conception mais bien toute une vie à créer; ça représente bien le film de Beitel qui se concentre depuis quelque temps sur des portraits d’artistes dans lesquels il tente de démontrer les «multi-perspectives» qui forment l’individu et qui vont finir par former son travail. Dans The Socalled Movie, on en apprend sur l’homme de 32 ans autant au niveau du processus de création que de tout ce qui l’a fait naître.

«J’ai été inspiré par le film de François Girard Thirty-Two Short Films About Glenn Gould, un documentaire sur le pianiste canadien un peu fou, très talentueux, ambigu et complexe. C’est dans cet esprit que j’ai essayé de faire le film sur Josh. On a travaillé chaque film pour qu’il puisse être vu indépendamment. Chacun montre un autre aspect du processus de la création, on voit Josh le musicien, Josh le magicien [vous avez bien lu!], le dessinateur, l’enfant, le rappeur, etc. Une chose finie, on marque une pause, puis on repart ailleurs. Ça crée une espèce de suspense.»

Le film est séparé en 18 courts-métrages qui font office de chapitres ou vignettes – à l’exception de deux véritables courts réalisés par Socalled lui-même, qui possède définitivement tous les talents. Au fil de ses différents chapitres, on rencontre plusieurs individus qui se trouvent sur le parcours de Socalled dont le coloré musicien Gonzales, le rappeur montréalais D-Shade, l’ancien tromboniste mythique de James Brown, la chanteuse/voix de Socalled Katie Moore, le clarinettiste prodige David Krakauer et plusieurs autres. Au fil de ses rencontres, on comprend l’idée rassembleuse de Socalled. Cette idée de la réappropriation et de la construction à partir de tout ce que l’on peut dénicher.

«Il faut être ouvert sur le monde, sur la différence et aimer ses différences… Particulièrement à Montréal où l’on vit une grande expérience multiculturelle. Sur la rue, j’entends du polonais, du français, de l’italien, du portugais, du grec, du yiddish, du sénégalais et c’est cool. Avec ce film, on veut pouvoir rejoindre les festivals de films lesbien et gai, hip-hop, juif et partout où le film sera vu, les gens vont s’ouvrir sur un autre univers. On est toujours un peu perdu dans nos mondes spécifiques, on oublie parfois les autres alors on veut essayer d’ouvrir les horizons.»

Garry Beitel, qui a enseigné le documentaire pendant une vingtaine d’années à l’université McGill, retrouve, le temps d’un documentaire, un ancien étudiant devenu ami. Le tournage aura duré deux ans et demi en raison du financement toujours difficile à obtenir, mais comme l’explique Beitel : «Ce sont ces deux ans et demi qui ont donné la forme au film… alors on ne peut pas se plaindre du financement. Peut-être que si nous avions eu le financement plus rapidement, le film aurait été moins bon!»

À l’image de l’artiste, le portrait est authentique et vrai. On nous présente Socalled jusque dans son intimité, sans restriction, sans complexe. De son homosexualité jusqu’à la chambre de son enfance, on y apprend à connaître un homme qui incarne la création, la vraie. Le message lancé par ce film est pertinent, le traitement le rend captivant et le sujet est divertissant, drôle, intrigant et coloré. The Socalled Movie, on aime. Pas besoin de faire semblant.

The Socalled Movie, produit par reFrame Films en coproduction avec l’Office national du film du Canada :

Le 3 juin à 19h @ Ukrainian Federation (5213 Hutchison)
Du 4 au 11 juin @ Cinéma du Parc (3575 Ave. du Parc)
Le 5 juin et du 8 au 10 @ CinemaSpace, Segal Centre (5170 Cote-Ste-Catherine)

par Félix Brooklyn / photos Jose Enrique Montes Hernandez