MOZART, PQ

«Un enfant prodige est un enfant dont les parents ont beaucoup d’imagination.» C’est l’exergue, signée Cocteau, du second film de Luc Dionne, qui aborde la vie du grand compositeur André Mathieu. Un Lavallois exceptionnel qui dès l’âge de sept ans, épaulé par son père Rodolphe Mathieu, lui-même pianiste et compositeur, donnera à Paris un récital public de ses œuvre qui bouleversera la critique française et rangera son talent au rang des Mozarts de son siècle.

«J’ignore si le petit André Mathieu deviendra un grand musicien comme Mozart (1756-1791), mais j’affirme qu’au même âge, Mozart n’avait encore rien écrit de comparable.» C’est à quoi ressemblait ce qu’on lisait dans les journaux lorsqu’il jouera en 1939 à Paris, pour la seconde fois. On dira aussi que «Si le génie a un sens, c’est ici que nous pourrons le déchiffrer.»

Je n’ai jamais cru que la romantisation de la vie d’un artiste, lorsque mise en film, apporte quoi que ce soit d’autre qu’une sorte de mystification de l’artiste et une distance entre le public et la perspective de la création. Car dans les films, elle semble toujours teintée de bouleversements incompréhensibles, de la souffrance aliénante d’une gloire ingérable. Non seulement elle suit souvent la même courbe dramatique — découverte d’un talent unique, ascension vertigineuse vers le succès, décadence vers la misère —, mais elle rend interchangeable la vie des artistes, dont le portrait est pourtant le plus souvent souvent orienté vers l’idée de l’exception et de la distinction.

Toutefois, pour fins de couverture médiatique et de diffusion culturelle, la carrière d’André Mathieu vaut ici la peine qu’on en témoigne. Car le petit gars était réellement prodigieux, et la bande sonore signée Alain Lefèvre, qui inonde carrément le film, vaut bien la peine d’être accompagnée d’images. Lefèvre, qui depuis belle lurette rend hommage à l’oeuvre du fameux compositeur en en publiant le contenu de ses doigts vifs et fougueux, peut maintenant se féliciter d’avoir rendu majestueuse auprès du grand public une oeuvre qui demeurait jusqu’ici de la matière à auditoire sélect.

Bien sûr, les acteurs aussi sont efficaces, spécialement ceux de soutien. Le père et la mère, joués par Macha Grenon et Marc Labrèche, et Wilfird Pelletier, le grand chef d’orchestre joué par Benoît Brière, donnent toute sa substance à la performance du jeune Guillaume LeBon, puis à celle de Patrick Drolet qui tous deux jouent Mathieu d’un jeu vacillant, mais heureusement discret.

C’est une histoire tragique, celle des artistes reconnus de façon prématurée, dont le destin tue la vie dans l’oeuf. Oublié, presque renié de son public et de ses supporters lorsque parvenu à l’âge de la maturité, André Mathieu a du mal à se trouver du travail, sombre dans l’alcoolique et la dépression, meurt de façon mystérieuse à l’âge de 39 ans. Une biographie vulgarisée, puisque réduite dans un format accessible et bref, mais soutenu par une musique si renversante et enlevante que non, ce ne sont pas que les bourgeois avides de mythes romantiques qui apprécieront. D’ailleurs, il est plutôt associé au mouvement postromantique.

L’Enfant prodige est en salles partout au Québec dès le 28 mai.

par Félix Dyotte