Loin de notre microcosme de débats et d’activités culturelles, le règne animal cache des moeurs et des habitudes dont nous ne comprenons rien. Prenons une pose de notre petit nombril et allons voir ce que mijotent ces autres êtres qui se foutent qu’on leur fasse de la pub.
Oui, l’Hebdromadaire est de retour. Bon, il est loin d’être hebdomadaire, mais je crois que le «r» au milieu du mot en justifie amplement l’irrégularité. J’ai décidé de vous entretenir ici d’un fantôme de mon passé, qui a jadis ruiné des centaines de livres, deux sofas, un paquet de linge, bref toutes mes possessions, et trois mois de ma vie: les punaises de lit. C’est l’heure de la vengeance.
PUNAISES = LE DIABLE
La punaise de lit est une créature horrible qui ne sert à rien de bon. Elle est laide et dégueulasse, et prend un malin plaisir à pénétrer la chair et boire le sang des êtres vivants qui semblent avoir le sang chaud. Et à l’instar des vampires, elles sont pratiquement immortelles: la fumigation n’existant presque plus, seules des températures extrêmes ou une extermination accompagnée de nettoyage intense quotidien et d’une participation assidue de tous les habitants de l’immeuble peuvent peut-être venir à bout des punaises, et ce au bout de trop longtemps. Bien sûr, la plupart des gens aux prises avec des infestations majeures de punaises finissent par sacrer leur camp, laissant derrière eux effets personnels, fortunes, femme et enfants. Ils y laissent parfois aussi leur âme et leur joie de vivre, ainsi qu’une ou deux factures importantes qu’ils n’oseront pas retourner chercher.
Maintenant parlons des moeurs de ces petites incarnations du diable. Qui dit punaise dit perforation, mais aux antipodes de leurs homonymes les petites bébelles pratiques, elles trouent là où ça fait mal. Leur système même de reproduction me désespère: plutôt que de se rencontrer dans une danse romantique et de se caresser gentiment en se disant des mots doux, le mâle se lance sur la femelle et la pénètre violemment de son spicule, une sorte d’aiguille qu’il insère n’importe où dans son corps, espérant y trouver le sac à oeufs. Peu délicat, il la pénètre parfois à des endroits inappropriés, la laissant pour morte avec par exemple un gros trou dans la tête. Chacun ses fantasmes.
Les bleus que ces petites salopes ont laissés sur mes jambes ressemblaient à des prunes, à cause de l’allergie aux anticoagulants et aux anesthésiants qu’elles m’ont injectés (c’est probablement parce que je suis trop pur). Patientes et perfides, elles sont capables de passer six mois sans manger, se délectant d’avance de leur prochaine victime. Maintenant, activez cette vidéo et relisez l’article 666 fois.
par Félix Dyotte / dessin par Agathe Bray-Bourret







