Grande défenderesse de la réalité autochtone, Chloé Ste-Marie a offert l’autre jour un concert intense, tout en tranquillité.
Entrecoupées de récits sur sa vie, ses voyages, ses émotions, les chansons, pop à souhait, sont souvent chantées en innu, car elles sont tirées de son plus récent album, Nitshisseniten e tshissenitamin, Je sais que tu sais.
Chloé était accompagnée de deux multi-instrumentistes confortablement assis dans leur chaises, chacun entouré d’une panoplie d’instruments. Je me suis amusé à les comparer à des enfants un peu gâtés, entourés de joujoux, ou à des scientifiques qui manipulent des appareils compliqués sans trop se souvenir de la mission finale de leur travail. Non pas que la musique était inefficace, mais j’ai senti qu’elle était doucereuse, sans risque, un peu autistique.
Quand à Chloé, elle excelle à captiver notre attention, se crispant dans des états incompréhensibles lorsqu’un solo ou une partie musicale survient, évoquant avec tout son corps des états plus intenses que nature. Peut-être pas entièrement plus intenses, au fond: elle fait parfois penser à un renard, une bête perdue dans la forêt. Mais le théâtre, lui, était un peu gros: l’accent exagéré qu’elle mettait sur chaque mot de ses monologues — même les mots de transition — a suffit à me faire sentir infantilisé, comme si l’on insistait à me faire trouver un autre sens au récit que celui qui m’était présenté. Selon moi, la qualité d’une interprétation n’est pas dans la quantité d’emphase ou la capacité de soutenir l’attention, mais plutôt dans la capacité de donner un nouveau lieu aux mots.
Mais la pop contemporaine et moi, c’est un peu comme Terminator et un bouquet de glaïeuls.
par Félix Dyotte / photos par Rodolfo Moraga








