ÇA M’ÉNEEERVE

Qu’est-ce qui est insupportable, dans la vie? De manière non exhaustive et croissante, faire un lineup. Dealer avec une compagnie d’assurances/de téléphonie ou d’internet/de services bancaires. Faire ses impôts. Et, en gros, se faire dire non. Ça, et les osties de bogues informatiques de PC à marde que tu savais donc que ça valait la peine d’allonger 500 balles de plus pour un Mac.

Car la vie et le monde en général se réservent bien des occasions, grandes et petites, de nous horripiler. En pénétrant le Lion d’or pour une soirée de Cabaret insupportable, on réalise que les placiers trop entreprenants, l’aveuglement par spots lumineux, le Purell qui aseptise nos existences par tous les orifices possibles et Fais-moi la tendresse de Ginette jouée en boucle (la partie hurlée par Marc Hervieux détenant le haut du pavé), sont autant d’irritants bien connus qui nous unissent, nous public.

Ça, ce sont les 30 premières secondes suivant notre arrivée. Et comme les conseillers en cheminement de carrière (leur propre indice d’irritation étant variable; pareil pour les lieux communs) nous l’ont maintes fois répété, 30 secondes, c’est tout ce que ça prend pour établir une première impression : on va finalement avoir du fun à rire de ce qui nous gosse, joie!

En fait, Nomag avait déjà sa petite idée de faite, parce qu’on a d’abord rencontré Michel Monty, l’un des deux créateurs du Cabaret insupportable (avec Brigitte Poupart également à la mise en scène), ainsi que Jacques L’Heureux, le maître de cérémonie pour ce troisième volet de théâtre trash absurde. D’ailleurs ne l’appelez pas Passe-Montagne, ça l’insupporte.

Une enfant-star à la diction façonnée par script, des danseurs à paillettes bronzés en canne, un accouchement très, ahem, fluide sur l’épique toune Alexandrie Alexandra du gluant séducteur Claude François, une présentation Powerpoint truffée de fôtes et d’insipidité, une coach d’acteurs constamment en pâmoison, un sondeur affligé d’immenses croûtes de bords de bouche, un magazine féminin trempé dans une eau de rose passée date : tout ça, jugé par des douchebags en trip d’ego et lunettes fumées à la American Idol.

Vraiment, pour une troisième mouture en un peu moins de cinq ans, on n’a pas l’impression que la source d’inspiration risque de se tarir pour ce cabaret de l’odieux.

Le plus génial là-dedans, ce sont les rires qui fusent à n’importe quel moment, de n’importe quel endroit dans la salle. L’insupportable de l’un n’est pas celui de l’autre, et l’humour est un terrain miné dont les détonations sont parfois plus explosives pour Monsieur que pour Madame, et vice-versa. (D’ailleurs Michel Monty nous racontait l’histoire d’un couple qui a claqué la porte pour ne plus revenir, en pleine chicane de ménage, lors d’une des représentations de la seconde vague du Cabaret en 2007… vous êtes avertis.)

Mais en dépit des dents de scie qui grincent, voici un excellent antidote aux vagues de rires rassurantes auxquelles on s’adonne au Théâtre Saint-Denis.

Le Cabaret insupportable se déroule tous les lundis et mardis de mai et de juin (parce que les débuts de semaine, c’est souvent insoutenable) et rassemble Christian Bégin, Francois Bernier, Enrica Boucher, Emmanuel Bilodeau, Paul-Patrick Charbonneau, Edith Cochrane, Patrice Coquereau, Stéphane Crête, Martine Francke, Guillaume Girard, Guillermina Kerwin, François Marquis, Justin Laramée, Geneviève Laroche, Didier Lucien, David Michael, Michel Monty, Brigitte Poupart, Mathieu Quesnel, François Patenaude, André Robitaille, Lea Simard, Guillaume Tremblay (et d’autres!). Avec invités spéciaux : Marie-Jo Therio, Yann Perreau, Florence K, Urbain Desbois et Vincent Vallières.

par Evelyne Côté / photos Justin Laramée