BROKEN SOCIAL SCENE: PARDONNEZ-NOUS

Cinq ans de promotion, de gossage, de tournées, de projets satellites, des fois c’est le temps que ça peut prendre pour voir un nouvel album apparaître, de nos jours. Parce qu’ils sont tout un paquet de gens, ces musiciens, et bien qu’ils ne veuillent pas se faire qualifier de super-group, ils sont loin d’être «infer», se lançant des bandes maîtresses à travers l’Amérique du Nord pour des contributions à Chicago, Toronto, New York, Montréal… J’ai parlé avec Andrew Whiteman, qui m’a donné quelques indices sur la vie de ce groupe phare du rock canadien, et sur leur nouvel album, Forgiveness Rock Record.

J’aurais bien aimé savoir s’ils ont quelqu’un à pardonner ou quelque chose à se faire pardonner (intérêts à la psychologie humaine obligent), mais concernant le nom de l’album, j’ai plutôt eu droit à des explications sur les racines mystiques de l’idée. «Le titre de l’album vient d’une conversation que Kevin (Drew) avait avec John McEntire (le réalisateur) et Sam Prekop (de The Sea and Cake), qui fait un duo avec Kevin sur l’album. Ça suit les principes de la magique sympathique telle qu’élaborée par Frazer (Sir James George) dans son livre The Golden Bough, qui explique que si les gens pensent le mot «forgiveness», quantitativement, et si plus de gens prononcent ce mot, un effet empirique pourrait être observé sur le cours des choses; une réelle influence pourrait se faire sentir.» Ok, tout le monde ensemble: «Forgiveness, forgiveness, forgiveness…» Sentez-vous le poids de la culpabilité s’alléger?

Ce que je suis certain de ne pas sentir, c’est l’esprit communautaire s’effriter. Ce son pétant à teneur catastrophique et mélodramatique qu’on leur connaît a bien évolué avec John McEntire (aussi musicien dans Tortoise et The Sea and Cake), qui a pris le flambeau de David Newfeld (réalisateur de BSS depuis leurs débuts): le son est devenu plus clair, plus simple, plus précis, mais tout aussi épique. «Nous sommes un groupe très épique. C’est comme si Anthony Robbins rencontrait John Tesh. Voilà de quoi cet album est fait.» Mon dieu. Si vous ne connaissez pas Broken Social Scene, s’il-vous-plaît, ne vous appuyez pas sur cette seule référence; il y a une légère différence question coupe de cheveux. J’ai soudain envie de faire un montage vidéo de John Tesh, Anthony Robbins et BSS qui partagent la scène. Ce serait encore plus mystifiant que Kenny G et Weezer…

Ce groupe phare, dis-je (Je me suis souvenu de l’adjectif «phare» aujourd’hui. Je l’utilise deux fois parce que je trouve ça drôle, prétentieux et péteux.), éclaire beaucoup plus loin que le Toronto où il s’est formé, puisqu’on voit de plus en plus de collaborateurs dans nos rues montréalaises. Hormis les Emily Haines (Metric), Feist et compagnie qui ont participé à l’essor de BSS, des membres de Stars habitent, eux, à Montréal, Andrew et d’autres membres d’Apostle of Hustle aussi. Ça fait plaisir. «On a de la famille et de profondes racines ici. J’ai flirté avec Montréal pendant quinze ans et j’habite ici maintenant depuis un an et demi. J’espère bien parler Québécois d’ici quelques années, ainsi je peux participer à quelque chose de plus gros. J’adore mes amis anglophones ici, mais je suis assez choqué par les ghettos langagiers: vous vivez à Montréal depuis dix ans et ne parlez pas Français! What the fuck is wrong with you? (j’ai laissé cette phrase en anglais, pour l’impact) Sans blague, ils manquent la moitié de la vie urbaine, ici.» Forgiveness, forgiveness, forgiveness… Voilà qui fait encore plus plaisir.

Broken Social Scene va faire des concerts à travers le monde avant de revenir en terre natale nous montrer leur nouveau bagage mystique, alors va falloir être patient. En attendant, on peut écouter leur album et se tremper les pieds dans l’eau de leur plaisir.

par Félix Dyotte