Expérimenter Rio comme si on y vivait, voilà la tentative du plus récent de mes voyages. Une semaine, une semaine pour tout voir, tout vivre. Une semaine, c’est bien peu; suite du triptyque made in Brasil.
Jour 4
Il a plu toute la nuit, encore. On se réveil sous un ciel gris, encore. Ce n’est pas vrai que je reviendrai à Montréal aussi blanche. Ce n’est pas vrai qu’il va faire un temps extraordinaire à Montréal alors que je vis Rio sous la déprime météorologique. Erica, elle aussi déterminée à rentrer à New York bronzée à souhait, décide qu’on fonce à la plage de Copacabana. «Tu sais, on peut bronzer au travers des nuages», me dit-elle d’un ton convaincant. Bah, ouais, pourquoi pas? «On rejoint aussi une fille avec qui j’ai bossé, elle est de Montréal». Le monde est tellement petit. Je me fais un pari. «On n’aura qu’un degré de séparation», me dis-je en ricanant. J’espère juste que ça sera un degré sympa.
J’ai gagné mon pari.
Le ciel se couvre davantage, il commence à pleuvoir. Ahhhhhh. Qu’y-a-t-il à faire? Rio n’est pas reconnu pour ses musées, je ne comprends pas le Portugais alors au diable le cinéma…. On va magasiner? Juste avant, on fait une petite pause photo. Tout près de l’hôtel se trouve un tunnel couvert de graffiti.
Pas le choix, faut s’arrêter. Deux pièces qui me touchent, les autres laissent à désirer. Me voilà en route pour un centre d’achat (ai-je besoin de vous dire que j’ai le dédain des centres d’achat?). J’ai des frissons dans le dos. Peut-être que je pourrai trouver des pièces sympas, uniques, du genre «Ah ça? Trouvé à Rio». Mais non. Mon dollar canadien transformé en monnaie américaine pour être enfin échangé en real, il vaut que dalle.
Moi sans pouvoir d’achat? C’est comme me couper une jambe. Boutique après boutique, même réalisation. Je n’osais plus entrer. «Voilà le Zara, me dit Erica, on pourra sans doute trouver des trucs à prix raisonnable!» Je ne magasine pas au Zara à Montréal, mais au point auquel j’étais rendue, il me fallait bien un petit remontant. Je tombe sur une tôlée de gros foulard légers, justement ce que je cherchais pour le printemps. Je prends l’étiquette, je regarde par deux fois. Un troisième coup d’oeil et je tousse de malaise. 160 real. Non mais c’est une blague, uma piada. On décide de rentrer, avec seul achat, un café Starbucks (10 real).
Le soir, on sort au Rio Scenarium, endroit hyper sympa et du samba-jazz live. J’ai le rythme habituellement, mais la samba, c’est vraiment autre chose!
Jour 5
LE SOLEIL! Petit mal de bloc après les bouteilles de vin mais ça va. On commande le petit dej’, le café est vraiment trop excellent! On enfile nos bikinis et on fonce direction Ipanima. Nos plans sont de rester à la plage jusqu’aux environs de 15h, après quoi on file à la statue du Jésus rédempteur. Faut faire les touristes au moins un peu. À vrai dire, j’ai la Lomo d’un copain et des idées photos.
Aussitôt arrivées, on nous avise que la vue est nulle. Que faire? L’entrée sur le site coûte 35 real (prix de la rédemption?). Le coin est assez résidentiel. Il y a un bus qui passe, il coûte 2,35 real, on le prend. On se dirige vers on ne sait où mais on rit. Nous revoilà dans Copacabana. «On va voir le coucher du soleil avec une bière?» Ouais, pourquoi pas? Le romantisme en amitié, c’est cool aussi! 
Bières terminées sur du people watching à souhait, on repart. Il faut se préparer, ce soir, c’est ze party hip-hop. «35 ans du hip-hop avec Afrika Bambaataa», je crache ma bière. «What?! Impo, Afrika Bambaataa? Faut y aller!» Je mets mes anneaux en or et des chaussures confos, j’ai l’impression que je vais danser comme jamais auparavant. Mes attentes étaient assurément trop hautes. Ça fait deux heures qu’on traîne au Circo Voador, un club à ciel ouvert dans Lapa. Le monde tarde à venir ou quoi? L’endroit se remplit finalement mais la musique m’irrite, genre de dance-pop rythmée. Tous les Cariocas sont fous de joie… Toujours pas une toune qui me plaît.
Non mais il va jouer ou non Bambaataa? Il est passé 1 heure du mat’, des chansons du répertoire américain embarquent. Ah ouais. Ah non. Cool. Dah, pas cette toune-là. Est-ce qu’ils vont passer deux tounes sympas de suite? Les Cariocas nous regardent. Ils doivent se dire «non mais comment elles dansent ces Yankees?». Pas de frottage, pas de fausse sensualité à 5 cennes, juste du groove et les occasionnels claquage de doigt Snap your fingers!»
Pour la huitième fois, on fait le tour du club, en mode chasse mais aussi en mode «passer le temps». «In New-Yooooork, concrete jungle where dreams are maaaade of. There’s nothing you can doooooo», nous crie Alicia Keys. Pas le choix, on retarde le départ. On pousse les gens pour se rendre au milieu de la piste de danse. Je chante à en perdre les cordes vocales. Quoi! New York c’est mon deuxième chez-moi (bah, presque!).
Deux tounes de hip-hop des favelas jouent. Les beats sont forts, mais je ne comprends pas les paroles. Afrika Bambaataa rentre sur stage. Cariocas et touristes crient de joie. Une légende est à Rio.
Jour 6
Vendredi, déjà? Notre départ est le lendemain, à 21 heures. Le soleil brille, il doit faire 35 degrés. Je n’ai toujours pas vu le Christ, en ce vendredi saint, mais tout ce qui m’importe, c’est la plage. Ipanima ça sera, encore. Tout ce que je veux, c’est être dans l’eau. Les vagues sont fortes, on se fait prendre avec du sable dans le bas de maillot.
La plage est plus occupée. Vendredi saint dans un pays catho, ça veut dire un congé. Tous les Cariocas semblent y être. Il y a quelque chose qui me titille. Rio, c’est vraiment une ville avec une vie de plage (vous savez, les beach bums). Est-ce que c’est une raison pour tous ces tatous de poisson Koi? Non mais tout le monde ici est tatoué. Et puis, la tendance chez les femmes, c’est sur le mollet. Une vraie mode, j’en ai vu beaucoup!
Mes mollets vierges et moi profitons du soleil puissant. Mes yeux, lorsque pas sous l’eau salée, vagabondent : il y a des corps vraiment intéressants ici! Le paradis, quoi! Erica et moi n’avons pas de plans pour la journée. On décide de rester jusqu’au couché du soleil, vers les 18 heures. Tout ce que l’on sait, c’est que le vendredi soir, c’est le «street party» dans Lapa. Avant de errer dans les rues où l’ont s’est fait attaquer au couteau, Erica m’amène dans un petit resto dans Ipanima. Le caipirina fesse. Ouf, combien d’onces d’alcool nous a-t-il mis?
Au diable les dépenses, c’est mon dernier souper à Rio. Après un petit arrêt crème glacée, on saute dans le métro vers Lapa. Ce soir, je ne traîne pas de sacoche! Aussitôt arrivées, la nervosité me prend. Un mec m’arrête dans la rue pour un bisou. «Ne me touche pas!» Ouf, j’espère que ça sera plus sympa un peu plus loin. Moyenne d’âge : 17 ans. Ahh. Marchons un peu. Skol à deux real, oui madame. On fait le tour de l’artère principale, bière à la main. Il n’y a rien d’intéressant. Toutes les terrasses sont pleines…. ou presque. Je saute sur une table libre chez MOFO. Un autre caipirinha. Ça fait 6 jours qu’on est ensemble, les sujets de conversation manquent. On regarde à gauche et à droite. «On rentre?»







