VIE ET MORT D’UN ESCROC

Designer, gérant d’artiste, dandy, promoteur de lui-même, escroc et bien d’autres choses, Malcolm Robert Andrew McLaren aura mis autant d’efforts à être de son temps qu’à combattre celui-ci.

Surtout reconnu pour avoir lancé et dirigé les Sex Pistols, son rôle dans l’éclosion puis l’explosion du mouvement punk reste toutefois controversé. Pour comprendre un peu cette période marquante, il faut visionner coup sur coup The Great Rock and Roll Swindle et The Filth and the Fury et ne pas hésiter à se taper quelques bouquins.

Malcolm McLaren et les Sex Pistols: le contenu et la forme

Ce que nous aimerions, par contre, c’est obtenir plus d’informations sur les faits moins marquants et autres vrais potins qui ont parsemé la trajectoire de Malcolm McLaren. Par exemple, on rêve à un documentaire sur son implication avec les New York Dolls. En 1975, alors que la bande de Johnny Thunders vient de se faire larguer par sa compagnie de disques et s’enfonce dans l’abus de substances diverses, McLaren, alors à New York, tente de rescaper le groupe du naufrage. Le résultat? Exit le glam, bienvenue l’imagerie communiste. McLaren habille les New York Dolls entièrement de rouge et coiffe la scène d’un marteau et d’une faucille… dans l’indifférence assez générale. Le groupe perd quelques membres et ceux qui restent décident de virer McLaren.

On souhaite aussi un documentaire consacré aux aventures de McLaren au tournant des années 80. À ce moment, celui-ci n’éprouve que du mépris pour toute la vague post-punk. Pour lui, ces groupes ne sont qu’une réincarnation prétentieuse du rock progressif, tandis que des étiquettes comme Rough Trade ne constituent qu’une mise à jour de l’idéalisme naïf hippie.

McLaren devant la fameuse boutique qu'il partageait avec Vivienne Westwood (1974)

Désabusé par les jeunes de 18-20 ans, McLaren se tourne alors vers ceux de 13 ans. Bien entendu, il n’envisage pas de leur organiser un tournoi de Monopoly ou de leur construire une piste d’hébertisme, mais plutôt de publier un espèce de Playboy pour ados dans lequel il inviterait également les jeunes à célébrer l’insouciance et le chômage. On s’en doute, l’idée de présenter une revue porno pour ados pose certains petits problèmes dont le plus évident est que la porn pour ados, ça peut rapidement devenir de la porn pour pédos. Cet aspect, McLaren en est fort conscient, ce qui ne le ralenti pas le moins du monde puisqu’il cherche aussi à faire éclater un pédo-scandale qui impliquerait par association tous les gens qui sont censés financer ce délire (EMI et la BBC en premier lieu). Évidemment, la revue ne paraitra jamais même si les gens d’EMI et de la BBC mettrons un certain temps à réaliser dans quel bateau ils s’étaient embarqués.

Finalement, on aimerait aussi quelques détails croustillants sur la collaboration de McLaren avec le célèbre artiste new age Yanni. Un jour, peut-être que le lien secret entre Anarchy in the UK et les magnifiques claviers vaporeux du célèbre moustachu grec sera révélé.

par Francis Dugas

Pour en savoir plus:

Grail Marcus, Lipstick Traces: Une histoire secrète du 20e siècle, Paris, Allia, 1998 (1989). Extrait ici.

Jon Savage, England’s dreaming: les Sex Pistols et le mouvement punk, Paris, Allia, 2002 (1991).

Simon Reynolds, Rip it up and start again: Postpunk 1978-1984, Allia, 2007 (2005).