BONAPARTE PSYCHOPATHE

Alors, Napoléon? Dictateur sanguinaire ou visionnaire humaniste? L’histoire en débat encore.

Dostoïevski, à qui je porte une tendresse toute particulière, le propose comme modèle à Raskolnikov dans Crime et châtiment lorsque le héros du roman tente de justifier son crime en arguant que, ultimement, le bien commun en démontre la nécessité. C’était là aussi l’argument de Bonaparte. Même si ses campagnes ont entraîné la perte de 800,000 de ses soldats, dont 370,000 pour la seule Campagne de Russie et ont causé la mort de plus d’un million de civils. Mais, Ô contradictions! son héritage perdure jusqu’à nous : le Code civil (celui du Québec entre autres), le Musée du Louvre, l’Arc de triomphe, l’aménagement du cimetière du Père Lachaise.

Et Une partie avec l’Empereur, la pièce de Stéphane Brulotte présentée au théâtre Jean-Duceppe, nous présente un point de vue ma foi, fascinant. Qui penche d’ailleurs du côté du dictateur sanguinaire.

Napoléon est exilé à l’Île d’Elbe et meuble ses journées en complotant et en jouant aux échecs. Certains de ses ennemis, dont une comtesse polonaise, (Lynda Johnson, très juste) veulent l’assassiner et forcent un jeune acteur anglais (Gabriel Sabourin, merveilleux de nuances) à côtoyer l’empereur et à devenir son partenaire d’échecs, ce qui lui permettra de lui refiler en douce de l’arsenic dans son vin.

Mais on ne berne pas Napoléon, ce monstre de rouerie, si facilement. Il prépare ce qui sera connu dans l’Histoire comme Les cent jours, son retour triomphal en tant que chef d’État qui se terminera par la cuisante défaite de Waterloo et par son exil, définitif celui-là, à l’Île Sainte-Hélène.

Benoit Brière, incroyable dans ce rôle, ressemble à Napoléon de façon hallucinante et est habillé d’un uniforme qui est, m’a-t-il semblé, une reproduction fidèle de celui porté par l’Empereur dans son portrait peint par Jacques-Louis David en 1812. J’aime bien quand on s’attarde à des détails historiques comme celui-là, j’en tire une intense délectation et la moindre n’est pas que des notions d’histoire ajoutent au plaisir du spectateur puisque Une partie avec l’Empereur fait appel à son intelligence et à ses connaissances. On ressort de cette pièce en se sentant plus intelligent.

La pièce de Stéphane Brulotte ne laisse pas planer d’ambiguïté sur la nature profonde d’un des plus grands stratèges de l’humanité. Cette pièce brillante servie par une mise en scène juste assez inventive mais aussi suffisamment classique nous permet de passer un moment en compagnie d’un des personnages les plus fascinants et les plus intenses qui soit. Et le résultat nous fait réfléchir longtemps après sur les implications des ambitions humaines, et sur les prétexte dont elles se sont servies.

Une partie avec l’Empereur est jouée jusqu’au 22 mai.

par MC5 / vidéo de la Compagnie Jean-Duceppe