ROBERT MORIN: LA COOP

Le cinéaste-vidéaste Robert Morin vit sur la planète du franc-parler. Ça, c’est celle dont la lune gravite toujours dans l’idée qu’elle est plus grosse que ce qui la fait tourner.

J’utilise un langage métaphysique, mais on peut résumer le tout en se disant qu’il y a le vrai franc-parler, celui de Morin, et celui qu’on utilise pour mousser les cotes d’écoute à coups de fausses révolutions et de «c’est vos taxes pis mes taxes».

Morin, qui a fêté son soixantième anniversaire l’an passé à son retour d’Afrique, revient cette fois-ci avec Le journal d’un coopérant. Un film à la première personne qui fera probablement couler un peu d’encre et qui soulèvera des questions (plusieurs seront plates, comme «heille, pourquoi telle ou telle patente tu l’as pas montrée au complet?») et qui risque de dépasser le nombre d’irréductibles de Morin qui l’ont suivi au box-office pour la sortie en salle de son film précédent, Papa à la chasse au lagopèdes (la joke : y’a pas eu ben ben d’entrées payantes, disons, même si le jury des Jutra 2009 l’a mis en nomination pour la meilleure réalisation de l’année. Get it? Maintenant, allez vous en procurer une copie.)

J’ai interviewé Robert à quelques heures de sa retraite d’un mois dans son chalet du Parc de la Vérendrye, histoire de se sortir un peu l’Afrique des veines.

Il y a près d’un an, j’ai tenté de te rejoindre via la Coop Vidéo de Montréal, mais on m’a dit que tu étais en plein tournage en Afrique, ce qui m’avait signalé un ‘sacre-lui donc patience’ poliment déguisé. Je constate donc que ce n’était pas le cas.

Hahaha, ça aurait été bon, mais non, j’étais effectivement en Afrique, de façon on and off.

Combien de temps le projet aura-t-il pris en tout?

Presque deux ans jour pour jour, de l’écriture à la recherche, en passant par les allers et retours. En fait, initialement, on a prit deux semaines de recherche dans la capitale du Burundi, où on a écumé les troupes de théâtre amateur, les coopérants, volontaires et autres personnes qui voulaient bien se prêter au jeu. On est revenus deux semaines et on a mis le tout en place. Et on a mis deux mois de temps sur internet, à demander aux gens ce qu’ils en pensaient, car je voulais que ce soit une dynamique différente.

J’ai vu que Simon Lacroix (Total Crap) apparaissait au générique, peux-tu me parler de sa contribution?

Dans une des scènes qu’on a coupées au montage, le personnage de Jean-Marc Phaneuf (Phaneuf, le personnage principal du Coopérant, un célibataire s’enrôlant dans une ONG pour la première fois de sa vie, est endossé par Morin lui-même) révèle son passé pédophile. La scène de Simon se trouvait à être un clin d’œil au passage de Jean-Marc dans une clinique où il interagissait avec d’autres pédophiles (notons que Simon m’a confirmé que, considérant que la scène déviait, sans mauvais jeu de mots, de l’intégralité du film, c’est potentiellement une bonne chose qu’elle fut retranchée… mais que ce serait drôle de l’avoir en bonus sur le dvd).

J’aime autant les trames sonores recherchées de certains réalisateurs que le travail de compositeurs sur des bandes sonores de toutes sortes (le Québec en compte d’ailleurs quelques-uns, jetez un coup d’œil à Psychébélique), mais dans tes films, ce n’est pas un élément que je remarque puisque…

Puisque j’en mets pas souvent…

Ouin, en fait, il y avait quelques trucs assez décents dans Le journal d’un coopérant, mais pourquoi est-ce si épisodique comme rapport, Morin vs. La Musique?

C’est simplement que je n’en mets pas beaucoup.

Donc t’haïs ça toi, la musique?

Ouin, c’est ça haha.

Yes sir, mais sérieusement, qu’est-ce que tu écoutes de ces temps-ci?

Beaucoup de jazz et de musique latine. En jazz, c’est assez vaste comme éventail, mais j’aime surtout les voix de femmes. J’écoute aussi un peu de soul à la Wilson Pickett et du vieux rhythm and blues.

Est-que tu visionnes encore pas mal de films?

Ça va sonner weird, mais j’aime pas beaucoup le cinéma, ou en fait, j’aime pas tellement ça. C’est un art qui avance lentement et avec le cash. Et les films expérimentaux se font assez rares… pis, je deviens assez claustrophobe lorsque vient le temps de m’enfermer avec la populace dans une chambre noire…

Autant dire que les BONS films expérimentaux sont rares, en effet. Et puisque c’est un art qui avance avec le cash, ça peut être assez statique.

Exactement, c’est pas comme le théâtre, où là il y a du stock expérimental intéressant qui se fait en plus grande quantité.

Lis-tu pas mal?

Oui, j’écris tout le temps et je lis beaucoup. De ce temps-ci je lis du Kapuściński et du Camus. Et un autre… ah, c’est quoi son nom déjà… bof, anyways, j’ai lu quelques-uns de ses livres et ça ma pas trop marqué… de la littérature française très actuelle et pas tellement passionnante. Ah oui, je lis aussi du Hubert Mingarelli. Sans trop vendre la mèche, je travaille sur un film inspiré de son livre Quatre Soldats.

As-tu d’autres trucs d’avancés?

Disons que j’aimerais faire un film sur la chasse à l’orignal, parce que je trouve qu’il y a une corrélation entre le comportement humain et celui de l’orignal, et que la chasse serait un prétexte pour explorer ça.

Un film genre La Bête Lumineuse avec des gars qui s’mettent chauds et qui écœurent celui qui est le plus près de ses émotions?

Haha, non, vraiment plus axé sur autre chose. Je voudrais faire un film qui parle d’amitié.

Pour passer du coq à l’âne, peux-tu me dire comment tu survivais à l’époque où tu as tourné Ma vie c’est pour le restant de mes jours? Et aussi, où est-ce que ça se passait? Et aussi, est-ce que les personnages sont des acteurs ou pas?

Ma vie c’est pour le restant de mes jours a été filmé dans le bout de St-Hyacinthe et non, il n’y a aucun acteur dans ce film.

Ouch!

Ouin, j’ai tout simplement filmé le monde. Je ne travaille pas trop souvent avec des acteurs.

Es-tu resté en contact avec certains d’entre eux?

On s’est pas mal perdu de vue disons…

Et pour ce qui est de l’argent et du loyer à l’époque?

Écoute, j’ai été cameraman, j’ai fait des vidéos éducatifs, j’ai été photographe, etc. On avait aussi une compagnie à l’époque et on se mettait sur le chômage quand on n’avait plus de job, ce qui nous donnait l’occasion de réaliser nos propres trucs. Pis, dis-toi qu’on habitait dans des appartements à 80$ par mois…

Où ça?

Sur le Plateau… avant que ça devienne «le Plateau».

Robert, je te remercie de ton temps, te souhaite du repos dans ton camp du Parc de La Vérendrye… et aussi le moins de chômage possible…

Chômage..? Heille, ca fait longtemps que je chôme plus!!

Quelques essentiels de Robert Morin

Ma vie c’est pour le restant de mes jours (1980) : Une soirée comme une autre dans un bar où les femmes dansent aux tables et les cascadeurs sont aussi rembourreurs.

Mauvais mal (1984) : La lycanthropie, les flos pis la boisson.

Tristesse modèle réduit (1987) : Même pour un nain il y a des hauts et des bas.

Yes sir! Madame… (1994) : Earl Tremblay (alias Robert Morin) vides son cœur, ses Blacks Labels et le contenue des ses bobines de films en French and in anglais.

Quiconque meurt, meurt à douleur (1998) : La marde pogne dans le ventilateur, ça pue, y’a des seringues, des polices, des larmes pis des tatouages pleins de trous sur des avant-bras.

Le Nèg’ (2002) : Heille, on n’est pas racistes, sauf que…

Petit Pow! Pow! Noël (2005) : «Father, I want to… kill you!»

Bonus (2008) : Robert a enregistré une vidéo explicative de son Å“uvre à l’occasion d’une rétrospective du Festival international du film indépendant de Lille (le fifi de Lille, ça ne s’invente pas) il y a deux ans.

par Ralph Elawani / le film est en salle au Cinéma Beaubien depuis le 26 mars, tous les jours à 14h et 21h30 jusqu’au 8 avril, puis du 9 au 15, à 15h40