Hier 13 avril, l’album-culte par excellence, Raw Power de Iggy and the Stooges, retrouvait son mix original en version remasterisée, qui plus est. Petite histoire d’un succès qui n’a vraiment pas été instantané.
En 1972, Iggy Pop (qui n’a rien à voir avec la pop) gagne ses galons d’héroïnomane (via des gallons de smack), et flirte dangereusement avec la déchéance. Il est cependant bien déterminé à reformer les Stooges, séparés un an plus tôt. Les échecs s’étant multipliés depuis les sorties consécutives de l’album éponyme et de Fun House, il se dit que cette fois sera la bonne. Il s’entiche donc d’un guitariste cinglé nommé James Williamson et décide de recontacter les frères Ron et Scott Asheton (qui n’ont rien à voir avec la poutine de Québec) pour mettre son plan à exécution.
Ainsi, cette troupe de joyeux junkies se retrouve à Londres pour l’enregistrement de l’album le plus lourd, le plus bestial et le plus sombre de toute la carrière en dents-de-scie de l’iguane. Même les deux ballades (Gimme Danger et I Need Somebody) commandées par le nouveau label du groupe, Columbia, sont tortueuses et menaçantes. Ensuite, à l’étape du mixage de ce nouvel opus, Iggy a tellement botché son travail qu’il a rendu l’album quasi inécoutable. Résultat: Columbia refuse de sortir l’album à moins que David Bowie Himself le remixe. Au depart réticent, Iggy accepte finalement l’offre à la condition que son mix de Search and Destroy soit conservé. En raison d’un budget très serré, Bowie effectue son travail sur les sept autres pistes en moins de 24 heures dans un studio pas cher, pas cher.
Surprise, le résultat s’en retrouve très affecté et le mix de Bowie, reconnu pour sa flamboyante absence de basses et son hermétisme désagréable, est l’un des facteurs d’un nouvel échec commercial pour Pop et ses potes. L’album ne cartonne pas, mais alors pas du tout. Sauf que ce qui s’est probablement passé, c’est que chaque personne qui a acheté ce disque-là à l’époque a décidé de se partir un band de rock en copiant l’attitude autodestructrice et arrogante d’Iggy et… le punk est né!
Bon, ça n’a sûrement pas été si simple que ça, mais n’empêche que depuis les années 1980, le nom de l’album est revenu très souvent dans des entrevues avec Steve Jones, Henry Rollins, Jello Biafra, Kurt Cobain et autres célèbres punk rockers. Si bien qu’aujourd’hui, il s’en vend à la pelletée à travers le monde. Le retour du rock garage du début des années 2000 n’est d’ailleurs pas étranger à l’influence de Raw Power.
Toutefois, la version qui circule depuis 1997, c’est le mix refait par un Iggy Pop bien sobre qui a consciemment plaqué les aiguilles de VU dans le rouge. C’est loud, sale et ça distorsionne en masse. Les puristes détestent ce mix et c’est probablement la raison pour laquelle celui de Bowie a été nettoyé par Sony Legacy. Vous pourrez donc vous faire plaisir et les comparer en écoutant le Raw Power de Bowie et celui d’Iggy l’un après l’autre : 56 minutes, en tout, de plaisir geek-rock assuré.
Le deuxième disque de cette nouvelle Legacy Edition renferme une performance complète de qualité correcte (disons supérieure à Metallic K.O.) enregistrée à Atlanta en octobre 1973 ainsi que deux chutes de studios. Pour les fans, ça c’est sûr.
par Charles Laplante









