LOVESPLOITATION

Coco Chanel et Igor Stravinsky : deuxième film sur la vie de Gabrielle Chanel en autant d’années. Sujet usé? Peut-être bien. Même si on ne se lasse jamais des histoires d’amour illicites, celle-ci aurait bien pu demeurer dans les livres.

La pellicule est basée sur le livre Coco et Igor de Chris Greenhalgh, qui a d’ailleurs assuré l’écriture du scénario. Spéculations et recherches fournissent l’imaginaire de l’auteur anglais. Chef-d’oeuvre? On ne penserait pas, non.

En 1913, Chanel se rend à la première française du Sacre du printemps, un ballet créé par un innovateur russe, Igor Stravinsky. La réception de la pièce est mitigée. Chanel est séduite. Pourtant, leur histoire ne commence que quelques années plus tard lorsqu’ils sont introduits par l’agent du compositeur. Stravinsky, sa femme et leur quatre enfants vivent de peine et misère. Chanel leur offre le toit d’une de ses maisons en dehors de Paris. Et hop, les deux créateurs s’enlacent. Pas de punch dévoilé. C’est ça l’histoire.

Jan Kounen, connu pour la réalisation de 99 Francs, nous offre une toute autre réalisation avec CC&IS. Dans les deux cas, Kounen cherchait à nous rendre la psychologie des personnages à travers un jeu de caméra misant sur les visages. Beaucoup de plans rapprochés et peu de grands plans. Il faut connaître ses personnages. Pourtant, tout reste en surface.

La force de ce film est sa musique. Pour les amoureux de la musique classique, ça en vaut presque les dix bidous. Plus que le jeu de caméra de Kounen, les hymnes de Stravinsky nous transportent dans le chaos de leur idylle. Au fait, ils sont angoissants.

Le jeu des acteurs est bien. Anna Mouglalis fait une très belle Gabrielle Chanel. Mads Mikkelsen, lui, un charmant Igor Stravinsky. Est-ce que leur jeu aurait pu être mieux? Certes. Était-ce dû aux limites de la production? Peut-être bien.

Voir Coco Chanel et Igor Stravinsky sans avoir vu Coco avant Chanel offre un détachement, une distance. Ne pas confondre les deux long-métrages, ne pas comparer, voir le dernier sans percevoir le premier. CC&IS, sans le vouloir certainement, résulte en une suite de Coco avant Chanel. L’un peut vivre très bien sans l’autre et vous, vous pouvez survivre sans les deux.

Ce qu’il y a à retenir du film : la citation de Stravinsky, «Il faut savoir s’oublier pour se perdre dans la musique.» Ça ne fonctionne pas toujours avec le ciné.

par Lee Anne Vincent O’Connor