LE KID

C’était dans la période de ma fête, fin novembre 2009, que j’apprenais l’existence d’un nouveau projet qui allait naître autour chanteur de Sigur Rós, Jón þor (Jónsi) Birgisson. Je me souviens, je revenais de faire des courses près de chez moi rue Ontario. Mes proches et moins proches le savent, Sigur Rós fut et demeure un groupe-phare important dans la vie de Mikaël Semegen. J’ai eu deux réactions : panique/hâte.

Je me suis demandé si c’était la fin de mon groupe chouchou, pilier, espoir, vainqueur, bataille, amour.

Après le projet très artistique et plein d’air de ce Jónsi aux côtés de son amoureux Alex ET ainsi qu’une collabo avec DJ Tiësto, je me disais que s’il faisait un pas de plus en dehors de la horde de Sigur, ça voulait bien dire quelque chose. Hum hum… Jónsi se part un nouveau band dont il est le héros!

J’ai connu Sigur Rós fin 2000, un lendemain de veille effroyable. Une nouvelle amie me montrait le cd qu’elle venait de s’acheter la veille. Àgaetis Byrjun m’était alors présenté. On ne parle pas ici d’un coup de foudre mais d’un apprentissage graduel à ce type d’ambiance. Pour un gars qui à l’époque ne jurait que par les Devil Dogs et Teengenerate, c’était comme passer de Banlieue Rouge à Richard Desjardins.

Le temps passa et je n’eus d’autre choix que de m’amouracher carrément du projet Islandais qui allait dorénavant faire partie intégrale de ma vie. Une belle relation amoureuse simple et pure débuta. Les journées d’études chiantes devant l’ordi en compagnie de leur déchirant album ( ). Les marches très tard le soir et très saoul la nuit en revenant des partys en écoutant leur fabuleux Takk. Les ballades en voiture, frissons dans le vent à me taper Harf-Heima. Et plus récemment, les «rides» de vélo au son des tambours de Með suð í eyrum við spilum endalaust.

SR fera bientôt partie de ma vie depuis 10 ans et notre relation ne cesse de s’épanouir. Nous avons bâti beaucoup de trucs ensemble durant toutes ces années. Mais, il existe aussi beaucoup de situations où nous avons détruit ensemble, le sourire éclatant, main dans la main. Partage unidirectionnel.

Il était certain qu’en apprenant le départ temporaire de Jónsi du vaisseau Sigur Rós, je me suis senti un peu comme l’enfant qui voyait un de ses parents refaire sa vie… sans nécessairement la refaire avec quelqu’un d’autre. Mais non! Jónsi ne quitte l’aventure SR que momentanément, question d’explorer d’autres avenues où le son et l’ambiance que son premier groupe ne pouvaient l’emmener. Aussi, le temps que les autres membres du groupe fassent des bébés.

Plus pop, Jónsi-tout-seul? Peut-être. Plus accessible? Possible. Moins déchirant? Assurément. Moins vrai? Négatif.

En fait Jónsi possède ce type de voix qu’on aime ou qu’on n’aime pas. La plupart du temps on arrive assez facilement à trancher ceux qui adorent de ceux qui détestent. Un peu le même constat qu’on peut faire avec des artistes à voix particulière, comme Rufus. Le grand être fragile nous arrive avec un album rempli d’espoir, de pureté et de magie. Go nous ramène en enfance, nous propulse vers la croissance forte et intègre, tout en nous rappelant que la vie c’est pas du chocolat. Une sorte de passage obligatoire que nous avons tous à subir ou à vivre. Un choix. Du début à la fin, on sent la démarche artistique différente. Le petit génie Islandais a voulu nous transporter ailleurs. Dans le vent, sur l’eau et vers l’espoir. Il est né le jour meilleur, plus léger.

Dès les premières notes de Go Do, on se sent catapulté dans cet univers où il fait bon ouvrir les fenêtres et saluer les inconnus. Les champs sentent bon, les enfants sont heureux et encore candides. Il fait chaud mais pas trop, on y est bien. Trop. Ça va vite mais ça fait du bien. Des tornades et des volcans par-ci par-là, malgré tout on se sent en sécurité et vide de lourdeur. On perçoit la proximité des êtres sans se sentir envahi. C’est doux, soyeux sans être glissant. C’est beau. C’est pur et rempli d’innocence.

La délicieuse Sinking Friendship est assurément la plus belle et la plus pure des pièces de ce petit bijou. Une sorte d’hymne à la vie. À la mort. Au choix, à la liberté. À l’amitié, à sa survie, son trépas et tout ce que ça comporte… Il y a tout au long des neuf pièces une sorte d’espace vaste qui nous laisse nous porter. Un transport offert, sans prétention et sans illusion.

Go est peut-être plus pop et plus accessible que la splendide collection des albums de Sigur Rós mais s’insère fabuleusement parmi les grands albums sortis de l’Islande. Reste à voir ce que cela donnera en spectacle. Une grande tournée mondiale est présentement en cours. Le chanteur-enfant sera de passage dans la métropole le 2 mai prochain au Metropolis. Jónsi et sa troupe ont fait affaire avec 59 Productions, réputés dans le milieu théâtral pour leurs effets avant-gardistes, pour la scène et ses ambiances. Il est à parier que ceux qui seront présents ce dimanche soir s’en rappelleront longtemps. Très Longtemps.

par Mikaël Semegen