GLEE TA VINAIGRETTE

J’avoue : j’étais une nerd à l’école secondaire. J’avais des lunettes, j’utilisais des mots que personne ne connaissait, j’avais horreur des cours d’éducation physique et je lisais Zola, de la poésie et de la science-fiction. Les marginaux sont par définition des solitaires et, franchement, j’aurais bien aimé faire partie d’un groupe capable de transcender les différences. Comme dans Glee.

Cette émission représente l’ultime plaisir coupable : tout y est à peu près invraisemblable, les acteurs commencent à chanter (et en faisant du très mauvais lipsynch) à des moments complètement incongrus, tout y est complètement manichéen et pourtant le résultat est totalement irrésistible.

Glee a été créé par Ryan Murphy. On aurait dû se méfier puisque c’est lui le responsable de Nip/Tuck, l’émission la plus incroyable (dans le sens : c’est pas possible, ils ne vont pas aller jusque là…) de la dernière décennie. Mais avec Glee, Murphy fait preuve de quelques égards envers le public et la cruauté s’exprime parfois avec des sous-entendus de tendresse.

La force de Glee, ce sont les personnages : Sue Sylvester (la merveilleuse Jane Lynch) est la coach des cheerleaders de l’école et voue une haine sans quartier au Glee Club. Elle s’est donnée comme mission la destruction et l’anéantissement de son directeur, Will Schuester (Matthew Morrison), le professeur d’espagnol et le bon gars typique. Le personnage de Sue est caricatural au max et on l’adore. Rachel (Lea Michele) est la diva et la star du Glee Club : elle rêve de reconnaissance et de célébrité depuis sa tendre enfance et est totalement insupportable mais elle possède aussi au fond d’elle-même l’humanité blessée qui lui permet de chanter de façon extrêmement convaincante des chansons qui nous bouleversent. Kurt (Cris Colfer) est gai, très gai. Pour faire plaisir à son père il va jouer au football avec l’équipe de l’école et dans l’intervalle convaincre ses coéquipiers de danser une chorégraphie sur Single Ladies de Beyonce. Sur le terrain de football. Kurt est à la fois charmant et tragique, un de ces personnages gais qui nous laisse entrevoir la vulnérabilité derrière les bons mots, la bitcherie et les préoccupations pour la mode.

Il y a aussi Quinn Fabray (Dianna Agron), cheerleader et présidente du Celibacy Club qui prône l’abstinence sexuelle avant le mariage et qui est…enceinte. Et plein d’autres personnages tous plus absurdes les uns que les autres dont cette autre cheerleader qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre et qui dit à sa copine : Savais-tu que les dauphins sont des requins gais?

Tout ce beau monde chante et danse : le Club a gagné les compétitions de sections et se prépare pour les Régionales. C’est sûr qu’ils vont poursuivre vers les compétitions de comté, de l’État, qu’ils vont se rendre au National, puis à l’International pour probablement se retrouver finalistes dans les compétitions avec les autres planètes. Je n’exagère probablement pas. Mais on ne peut pas s’empêcher d’applaudir cette bande d’ados pas très beaux et maladroits, qui n’ont rien pour eux sauf un amour de la musique qui leur permet d’oublier le temps d’un numéro que tout le monde dans cette école les méprise.

Glee n’a pas peur de la parodie. Les numéros musicaux sont très souvent d’un kitsch consommé mais qui s’assume complètement. L’humour sardonique et le cynisme des situations sauvent la mise. Glee ne se prend pas au sérieux mais traite de façon complètement originale la disparité qui existe à l’école entre ceux qui sont aimés et populaires et tous les autres qui sont en butte aux plaisanteries cruelles et qui cherchent désespérément et aux mauvais endroits des bribes d’estime de soi. Que celui ou celle qui ne peut pas s’identifier à cela leur jette la première pierre.

Glee est présenté les mardis soirs au réseau Fox et sera rediffusé cet été.

par MC5