FAITES GAFFE!

C’est dans un remake du verglas que je me suis rendu à l’Usine C pour voir le spectacle Gaff Aff du collectif Zimmermann et de Perrot, sans trop savoir ce qui m’attendait en ces lieux de culture. Mais les deux hommes m’ont absolument coupé le souffle avec un spectacle pertinent et captivant qui n’est en ville que jusqu’au 30 avril. Meilleur conseil de 2010: achetez des billets.

Gaff Aff n’est pas un spectacle de danse, ce n’est pas un spectacle de musique, pas un spectacle de cirque ni une exposition. Ce que nous propose le duo suisse Zimmermann et de Perrot, c’est un univers. C’est une heure complète sans longueur, un spectacle qui rebondit, qui captive et qui impressionne, qui fait rire et surtout penser.

Les deux créateurs nous arrivent avec un constat éclairé de la vie moderne et du rythme qu’elle nous impose, de la place que l’on y tient ou que l’on tente d’y tenir, de la continuité, de l’identité, de la production et de l’image. C’est pertinent, c’est intelligent et surtout, c’est magnifiquement bien amené. L’inventivité des moyens par lesquels les artistes réussissent à transmettre leur message augmente et intensifie le lien avec le public et l’impact des propositions de l’œuvre. Chaque élément du spectacle agis en synergie avec les autres pour arriver au final avec un spectacle blindé.

Dimitri de Perrot fait tourner ses platines avec minutie et s’occupe de créer des ambiances toujours très présentes pour Zimmermann. Avec des sons, des rythmes et parfois des chansons revisitées, l’homme d’une quarantaine d’années réussi à construire un univers sonore extrêmement complexe et complet. Tantôt il joue avec des effets en interaction avec les mouvements de Zimmermann, tantôt il mix un morceau de vieux blues retapé à la sauce moderne style Wax Tailor. La constante tout au long du spectacle est le lien direct et assumé qui uni la musique, ou plus précisément le rythme aux mouvements du personnage de Zimmermann. En clair, c’est l’histoire de l’homme et de sa soumission au rythme de la vie moderne.

Ce lien primaire entre l’homme et le rythme, il s’exprime aussi par une scénographie et un décor complètement fou qui se veut être une immense table tournante sur laquelle évolue Zimmermann en veston cravate et espadrilles. C’est audacieux et ça marche. Le centre et le contour peuvent tourner indépendamment ce qui propulse le personnage principal dans le tourbillon métaphorique de la vie ou les éléments du décor bougent, s’ajoutent et se transforment pour modifier l’espace. Zimmermann court dans tous les sens pour essayer de garder la tête hors de l’eau. Tout est pensé et tout est d’une efficacité déconcertante. Quasiment chaque objet du décor est fait de carton ce qui pose une inévitable réflexion sur un matériel très pratique qui est en quelque sorte le symbole de notre monde de production.

L’art de passer un message ou une émotion par le mouvement est extrêmement puissant par son aspect physique et concret. Ce spectacle s’inscrit dans la lignée des Buster Keaton et des Charlie Chaplin, avec en bonus un traitement sonore à tout rompre et une scénographie hallucinante. Il se crée quelque chose dans la salle pendant ce spectacle.

Si vous n’avez qu’un spectacle de danse à voir dans votre vie, c’est celui-là.

par Félix Brooklyn / photos Mario del Curto