Pour ceux qui l’avaient pas remarqué, Nomag n’est pour moi qu’une façon de faire du gros cash (pas vraiment). Je suis aussi dans le groupe de musique Chinatown, et enfin je fais de la synergie avec mes deux vies. M’inspirant des percutantes formules d’Evelyne Brochu à Brooklyn, je vous présente aujourd’hui Chinatown en France.
Un camion a foncé dans notre avion vingt minutes avant le décollage. Le boulet devait être soûl, parce que ça me paraît difficile à rater, un Boeing 777 300-ER. Ceci dit, le temps que des «spécialistes» évaluent l’état des dommages, j’avais déjà pris mes Xanax et je somnolais devant une jeune fille de 7 ans surexcitée qui s’entretenait avec son père à propos de ses toutous dinosaures.
Seconde attente à Charle-de-Gaulle: notre minivan n’était pas prête, ce qui m’a donné un avant-goût de l’hospitalité française: la compagnie confondue en excuses nous a payé des cafés tout à fait buvables pour nous faire attendre, ce qui a flatté ma bouche pâteuse et rouvert mes yeux cernés.
Gavés de fois gras
Or, cette hospitalité française aurait pu éventuellement se transformer en hospitalisation. À peine après avoir franchi la porte du manoir quadricentenaire des parents de Julien (le Français du groupe), on s’est fait gaver de foie gras (j’aime l’image, c’est une sorte de mise en abyme), de farci poitevin, de chèvre et d’autres spécialités de la région du Poitou-Charentes. Tout ça aurait sans doute été sans danger si l’on avait pas à notre insu créé ces couches alimentaires dans notre estomac. Je m’explique: champagne, hors-d’oeuvres, rosé, d’autres hors-d’oeuvres, vin rouge, entrée, un autre vin rouge, salade, vin rouge, plat principal, vin rouge, on se ressert, vin rouge, fromages, vin rouge, dessert, et après on peut commencer à boire pour vrai, selon ma bonne vieille tradition à moi: en fumant des cigarettes. Après une semaine à ce régime, les cinq gars du groupe se mettaient à fantasmer de pâtes à la sauce tomate, et basta! Ceci dit, ce qu’on buvait et mangeait était extraordinaire, digne de faire s’écrouler de honte ton supermarché.
La nuit qui a suivi le Xanax et le gavage, j’ai rêvé que Godzilla simulait une descente en ski alpin pour s’évader (en saut acrobatique) d’une immense forteresse dans laquelle nous étions tous enfermés, et par nous, je veux dire des Schtroumpfs.
Comme un vrai novice, je me suis extasié devant les toits de tuiles roses des maisons les plus minables, et le côté Playmobil des panneaux de signalisation. Pour nous faire déchanter de notre ingénuité, les parents de Julien nous ont emmené voir des vrais trésors français, monuments historiques et tout le tralala. Le vertige de l’histoire, quoi: ces églises médiévales qui ont échappé à 100 guerres, ces monastères et ces cryptes qui rajeunissait mon anniversaire – que je fête sagement au moment même où j’écris ceci, soit dit en passant.
On a fini par quitter le confort parental pour aller se faire gaver ailleurs. Pas même vu Paris et on était parmi les cygnes et les moutons noirs, en plein creux de la campagne française. Un trou perdu nommé Chef-Boutonne, où on nous a donné pour mission de composer des chansons avec des étudiant(e)s, et de présenter ça devant le reste du lycée à la fin de la semaine. Un atelier scolaire.
Mais pendant qu’en terrasses vous vous la couliez douce avec vos 29 degrés, Chinatown se caillait au lycée Jean-François Cail (c’est vraiment son nom). Des chalets humides, et encore une fois, l’alcool et la bouffe étaient nos seules façons de se réchauffer. Ah oui: ça et les sourires des jeunes filles.
Car la prédominance féminine – dix filles pour un gars – en a rendu quelques uns d’entre nous plutôt niais, survoltés par ce que chacun de nos gestes soit observé avec tant de délectation. Des filles gaga, ça rend gaga, quoi.
Après avoir terminé deux chansons avec les étudiantes (un truc énorme), on nous a permis de faire notre propre concert, et on a pas pu s’empêcher d’y réinviter les étudiants sur scène, ainsi que quelques uns de nos amis artistes, le duo de vidéastes Jul & Mat, et le chanteur Ben Mazuet. Et laissez-vous donc bercer par les fausses notes, on était plutôt… surmené.
Ça, c’était la première semaine, la suite s’en vient bientôt…
par Félix Dyotte







