Lorsque ma mère est entrée à l’hôpital avec comme mission de me faire naître, il neigeait. Elle est ressortie en t-shirt. Ma naissance est-elle responsable de ce miracle? Le jour où nous sommes arrivés à Paris, la température greige (contraction de «gris» et «beige») et morne s’est transformée en temps idyllique et l’écrasante réalité du corps qui doit faire face aux boulets de la vie (humidité, froid et jalousie d’ailleurs) est devenu la fantasmagorie d’un Paris rêvé, ville de l’amour et de la légèreté.
Bon, tout ça se passe dans ma tête, car me laissant mener par Julien qui conduisait le véhicule, j’ai pu faire fi des affres de la circulation sur Paris (N.B.: on dit bel et bien «sur» Paris et non «à» Paris, car en France cela donne l’illusion qu’on est au-dessus de tout, ou qu’on consomme la grande ville comme une drogue). Nous sommes toutefois arrivés à bon port, au Garden Hotel, un charmant deux étoiles où la promiscuité s’oublie à raison de cuites et de déambulations dans les rues environnantes. Quelque part entre la Bastille et le Cimetière du Père Lachaise, notre quartier était certainement plus calme que les Marais et Pigalle environnants, mais tout aussi romanesque avec ses cafés, ses engueulades et ses SDF essentiels pour garder bien vivant notre rapport amour/haine avec Paname.
Premier concert parisien: la Loge, rue de Charonne. Deux immenses portes fermées cachent la cour intérieuer donnant accès à ladite salle de concert, qui ressemble davantage à un lieu de théâtre. Inquiétant pour une première rencontre parisienne prévue quelques semaines à l’avance… Finalement, malgré la participation plutôt stoïque du public et le fait qu’une fille ne se gênait pas pour se boucher les oreilles (clash culturel question décibels), la petite salle pleine a attendu après le concert pour nous dire qu’elle s’était amusée comme une folle.
Mais comme des agaces, nous avons dû aussitôt quitter la pauvre Paris, qui commençait déjà à s’attacher à nous. Et nous avons filé vers la Bretagne, avec ses panneaux aux noms qui finissent en «plouac» ou commencent en «ker», sonorités mystiques qui nous ont fait jacasser du pseudo-breton sur la route jusqu’à Brest. Brest: la pointe ouest de la France, elle-même qui attendait les troupes alliées en 1941, tremblant dans ses bunkers avec ses meurtrières, sur le bord des falaises bordant l’océan affamé.
On a fait là-bas la première partie de Coeur de Pirate, devant une salle comble et comblée qui s’est vite entichée des versions acoustiques qu’on avait improvisées pour l’occasion. La foule ne semblait non plus pas trop déçue que je chante «Pour un infidèle» avec Béa, à la place de leur Julien Doré national, qui fait le duo sur la version française…
Après une nuit à Rennes où, rue de la Soif, des ivrognes vacillent la face en sang et des punks à chiens vous insultent, on s’est retrouvé au Mans, où ont plu les demandes d’autographes, de photos, et plus tard d’amitié Facebook. À court de CD, l’ego satisfait et le vent marin dans les voiles, nous étions vite de retour à Paris, dans notre petit hôtel, avec trois jours de liberté devant nous. J’allais enfin faire ma petite tournée touristique typique, question de briser la glace une fois pour toutes: Tour Eiffel, Cathédrale Notre-Dame, et tout le tralala, tous ces trucs qu’il faut voir de loin, mais ne jamais y entrer à moins d’avoir envie d’attendre toute la journée dans une file de touristes aux intérêts prévisibles et/ou nébuleux.
J’ai donc décidé de passer un peu de temps presque gratuit à m’asseoir à des cafés (Ah! cet espace de terrasses disponible partout!) et à déambuler le long des quais de la Seine. Belle expérience parisienne: je me suis fait casser par un bouquiniste maussade, qui m’a fait part des plus belles insultes parisiennes, et je cite: «Je ne vous dis pas au revoir, monsieur, mais adieu! Et au déplaisir!» … tout ça parce qu’en bon touriste innocent j’avais sorti un livre de son emballage – déjà ouvert – et tenté d’en négocier le prix.
Le tout a fini à l’International, où l’on a donné notre dernier concert dans une ambiance punk et festoyante, avec champagne sur scène, tentative de prétexter l’accessoire de scène pour s’allumer une cigarette entre deux chansons, public qui enlevait leur chandail. Les Cowboys Fringants sont venus nous voir, et on s’est fait un petit after-party dans le bar sénégalais d’à côté où un génie jouait de la kora pendant que nous buvions un verre en ne nous disant pas «adieu», mais «au revoir»!
par Félix Dyotte / photoshoot du groupe à Paris par Maude Chauvin










