THE SARTORIALIST: PAPE DU CLIC

En pleine semaine de la mode de New York, Violaine Charest-Sigouin a attrapé au vol le photographe et blogueur Scott Schuman, The Sartorialist en personne, question de parler de météo, de mode, de blogue et de sa relation avec Garance Doré.

Octobre 2009, Paris: Garance Doré par The Sartorialist

New York, le 16 février 2010, 9h. Des photographes, stylistes et journalistes mode des quatre coins de la planète convergent à Manhattan pour scruter les collections des couturiers les plus en vue lors de l’incontournable Fashion Week de New York.

J’ai pour ma part une mission tout autre: en compagnie du photographe Scott Schuman, auteur du célèbre blogue de street fashion The Sartorialist, nous avons prévu traquer ces fashionistas dans leur état naturel, c’est-à-dire aux abords du Bryant Park, où une énorme tente a été montée pour l’occasion.

Un seul hic : depuis quelques jours, il neige à Brooklyn… Selon notre braconnier professionnel, nos oiseaux rares ne risquent pas d’exhiber leurs plus belles plumes sous des conditions météorologiques ironiquement trop dans le vent.

Quelques jours plus tôt, Garance Doré, son alter ego sur la blogosphère et son amoureuse dans la vie, avait pourtant publié sur son site un spécimen de duck boots qui, malgré la neige, avait de la gueule. Mais bon, même armée d’un gigantesque parapluie emprunté ce matin au concierge du (très glamour) Soho Grand Hotel, il semble que mon initiation au photoreportage de mode sauvage soit à l’eau pour cause de grésil. Nous nous dirigeons plutôt vers l’un des derniers retranchements des new-yorkais en de pareille occasion: un Starbucks ultra bondé sur Broadway. (L’indice glamour vient de chuter drastiquement!)

Septembre 2009, Londres: Pas de chandail, pas de stress

«Dommage qu’on ne serve pas de champagne ici», lance d’ailleurs Scott, en lisant dans mes pensées. «Starbucks doublerait son chiffre d’affaires en offrant au moins l’option d’ajouter du brandy dans le café.»

De la rue aux premières rangées des défilés

On peut dire que Scott Schuman a du flair pour les bons filons. Celui qui, dès 2005, publiait sur son blogue des photos de gens stylés rencontrés au hasard dans la rue ne pouvait soupçonner l’impact que celui-ci aurait sur la planète mode.

Quelques années – et de nombreux émules – plus tard, The Sartorialist est aujourd’hui une référence incontournable en matière de style et compte pas moins de 120 000 visiteurs par jour. On s’arrache depuis les services du photographe qui a signé des campagnes publicitaires pour DKNY, a été collaborateur du magazine GQ et du site Style.com, et publiait, en septembre dernier, un recueil de ses meilleurs clichés. Scott Schuman fait désormais partie du petit nombre de blogueurs à s’être taillé une place enviable dans le très confidentiel milieu de la mode.

Janvier 2010, Paris: Un après-midi au Marais

«J’ai rencontré Tavi pour la première fois hier à un défilé», annonce d’ailleurs Scott, faisant référence à la blogueuse de 13 ans, la plus jeune recrue du très exclusif club des first row. Il hésite à se prononcer sur l’excentrique préado, puis laisse tomber qu’elle est bien jeune pour être donnée en pâture dans un tel cirque. Lorsqu’il est question du débat actuel sur le manque de rigueur des blogueurs selon quelques journalistes, Scott concède que certains d’entre eux ont tendance à laisser leur intégrité au vestiaire.

Si, de son côté, il ne dédaigne pas collaborer à certaines campagnes publicitaires – il faut bien gagner sa vie après tout -, celles-ci sont bien distinctes de son blogue qui ne donne pas dans la plogue. «J’ai publié sur mon site quelques-uns des clichés réalisés pour le projet Art of the Trench de Burberry…», mentionne-t-il toutefois, avant de spécifier qu’il considère son blogue comme un genre de journal intime, où il s’autorise à mentionner les contrats sur lesquels il travaille.

Cœur de blogueur

Un journal intime… Me vient alors en tête ce billet publié sur le site de sa douce, l’illustratrice parisienne Garance Doré, où elle confiait à quel point le photographe avait été une source d’inspiration pour elle. Apparemment, elle serait tombée amoureuse de lui en admirant chaque jour ses clichés publiés sur The Sartorialist, avant même de le rencontrer pour la première fois lors de la Semaine de la mode de Paris, en 2007. L’amour au temps de la blogosphère… «Elle est la meilleure personne que je n’ai jamais rencontré!», lance Scott, partageant visiblement son admiration. «Elle pourrait se contenter d’écrire – elle écrit si bien! – mais, en plus, elle dessine, fait de la photographie et tourne même des films maintenant!»

Février 2010: Louboutins sous la neige, par The Sartorialist

Février 2010, New York: Louboutins sous la neige

Il m’apprend alors que c’est lui qui a initié à la photographie celle qui publiait auparavant sur son blogue uniquement des textes et des illustrations. Si, depuis, elle donne aussi dans le street fashion, elle est parvenue à trouver son propre style, ce qui décuple la fierté de son amoureux.

Aujourd’hui, le couple le plus glamour de la blogosphère mène une vie de globe-trotters entre Paris, New York, Milan et autres points chauds de la mode. Scott me confie toutefois qu’ils songent à parcourir d’autres pays, là où le style est moins une question de marque que de tradition. Cette nouvelle ambition ne me surprend pas. Oui, les photos de Scott Schuman parlent de mode et de style, mais certains de ses clichés, pris au détour d’une rue, révèlent aussi l’essence d’un quartier, d’une ville. Pas surprenant, qu’après avoir apprivoisé la faune de la mode, le blogueur désire mettre le cap vers des horizons plus sauvages.

Ce soir-là, en rentrant dans ma chambre d’hôtel, je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil à son blogue pour voir si, malgré la météo, la chasse a été bonne. Le cliché d’une femme chaussée de Louboutin se déhanchant sous les flocons me confirme que le Sartorialist a décidément du talent pour exprimer l’air du temps.

par Violaine Charest-Sigouin / photos Scott Schuman, The Sartorialist