DUBUC NOUS MÈNE EN BATEAU

Si Dubuc avait renoué l’an passé avec le podium après trois ans d’absence des défilés, c’était pour mieux le quitter cette année. Car c’est dans la cale d’un cargo que Philippe nous conviait hier.

Après avoir escaladé une échelle, meurtrière pour qui avait choisi d’arpenter le premier jour de la Semaine de la mode en stilettos, un gentil équipage nous aiguillait dans les tréfonds du navire du Vieux-Port où étaient disposées les nouvelles pièces de la collection Automne/Hiver 2010 de Dubuc. Le tout, sur fond de symphonie portuaire. (Ça, ça veut dire des sirènes de bateau qui hèlent comme des tubas, et qui importunent beaucoup les éditrices de magazines de mode pincées. Solennel et marrant! Nous on a adoré.)

Toujours minimaliste sans être trop austère, Dubuc a été puiser du côté des grands explorateurs la volonté de mixer les influences, et la classe nonchalante du voyageur marin.

« Ç’aurait été trop facile de n’exploiter que les cabans, que les galons, que la rayure des matelots. Je poursuis vraiment un travail de déconstructivisme depuis quelques années, où je déconstruis et je remonte », explique-t-il sur le pont du bateau amarré.

On a ainsi beaucoup aimé les superpositions cousues à même le vêtement et les pantalons aux proportions judicieusement débalancées, qu’on emprunterait volontiers à notre loup de mer préféré (d’ailleurs la ligne Dubuc femme arrive cet automne chez Simons, woo-hoo). Mais on a aussi accroché sur le veston capitaine, les cabans repensés, et les rapports de force entre les tissus légers et lourds: tricots et taffetas côtoient les laines vaporeuses et les jerseys mats.

« J’aime les coloris sombres, exploiter le détail à sa juste valeur. J’aime la profondeur comme la luminosité que peut avoir le noir. J’aime les minéraux. » Le nom de la collection: Marin du Nord. « On est nordiques, il ne faut pas l’oublier! »

Doucement, en filigrane, on a presque accusé Philippe Dubuc, dans le contre-coup de ses troubles financiers il y a quelques années, de se cantonner à la beauté. De ne pas accorder suffisamment d’attention aux mécanismes de marketing autour.

Pourtant, la beauté des vêtements de Dubuc, c’est cet effortless control, la maîtrise apparemment naturelle d’une désinvolture cérébrale, strictement calculée.

En somme, voici un Dubuc qui file vers le large. Fini le formalisme très droit des collections automnales passées. Ici, la croisière s’amuse – en ville.

par Evelyne Côté / photos Jose Enrique Montes Hernandez