SANS SE BRÛLER

Le sujet d’Icaro est bien mince et il est d’autant plus remarquable que Daniele Finzi Pasca nous entraîne avec lui dans son univers sans effort apparent, simplement par le pouvoir de sa très grande séduction.

Car Daniele Finzi Pasca est probablement l’être le plus charmant qu’il m’ait été donné de voir sur une scène. Il possède un côté enfantin, fragile et vulnérable qui fait la conquête du spectateur dès les premiers mots, lors de ce prologue où il explique la genèse du spectacle et au cours duquel il choisira dans la salle un individu qui sera avec lui sur la scène tout au long de la représentation.

La pièce a été écrite au départ pour un seul spectateur, et découle de l’expérience de Finzi Pasca lorsqu’il a été emprisonné en Suisse comme objecteur de conscience. Car la Suisse, le pays du chocolat, du gruyère et de la neutralité, astreint tous ses citoyens mâles à accomplir un service militaire.

De ce séjour en prison, Finzi Pasca a retenu cette terrible notion d’enfermement, cet endroit où la volonté de l’individu ne compte plus, où s’il veut survivre et conserver son humanité il doit se réfugier dans son imaginaire. Et cet imaginaire pourra lui donner, littéralement, des ailes, Icaro en faisant la brillante démonstration.

Étant suisse-italien, l’auteur-comédien manie la langue française d’une façon bien particulière, comme un enfant le ferait, avec poésie et inventivité. Cela donne des moments délicieux pleins de drôleries et des attaques suaves contre le pouvoir et l’oppression. Et cela ajoute encore à son charme, bien entendu.

C’est un spectacle qui sera apprécié des enfants comme des adultes. Tout le monde trouve son compte dans ce délire de la parole et de l’imagination et où le propos de  Daniele Finzi Pasca alterne entre l’humour et la tristesse. Il avoue au cours de la représentation qu’à un moment donné, «Il avait le sentiment bien bas». Ce qui est magique c’est que le spectateur sort de l’Usine C, lui, avec le sentiment tout remonté.

Jusqu’au 3 avril.

par MC5