Avec leurs penny loafers et avec leurs deck shoes, on pourrait se demander si Radio Radio, dans leur franglais shiack, viennent unir les deux solitudes avec plus de classe qu’un jock du West Island, ou s’ils viennent mettre de la confusion sur nos débats sur la langue de bois. Mais laissons plutôt le Belmundo Regal s’exprimer comme il le veut bien, et prêtons attentivement l’oreille, s’il-vous-plaît.
Jacques, Gabriel et Alexandre ont débarqué des Maritimes avec leur accent ardu et leur linge de dandys pour faire valser d’étranges vers sur leurs beats pour les masses. On ne sait pas vraiment à quoi ils riment, mais ça tombe bien, on s’en fout un peu. Le plaisir de l’exotique est rendu chez nous, et le ressenti mystique prend la place du réfléchi pratique. J’ai l’impression que Radio Radio, dans leur goût de l’esthétique pour l’esthétique, font un rap un peu moins complexé que quelques uns de leurs contemporains cyniques. Radio Radio est un rêve aliénant qui avance vers toi comme un tank.
Avec la place plutôt inédite qu’ils prennent dans notre paysage, les gars de Radio Radio doivent bien se faire inonder de questions d’identité, et c’est ce vague-là qui met de l’épice dans nos conversations. Dans leur café préféré d’Outremont, quand je leur fais savoir que leur accent m’empêche parfois de comprendre ce qu’ils disent, ils s’en régalent. «Si il y a quelque chose à mal comprendre, t’es garanti qu’il y a une bonne conversation. Parce que du moment que le monde se comprend, il y a vraiment rien à dire.» Alors, bien désireux de ne pas tout comprendre, je les laisse renchérir sur le bonheur de l’extraterrestre et la liberté qu’ils mettent dans leur démarche. Radio Radio, au fond, «C’est la regal gypsie disco jazz, pour trouver le mot exact», me disent-ils.
Comme beaucoup de bands qu’on voit atterrir sur la scène locale, Radio Radio nous a mis la puce à l’oreille il y a deux ans avec un premier long jeu, Cliché Hot, qu’ils ne considèrent pas tout à fait comme un vrai premier album. Belmundo Regal, c’est leur vrai, parce qu’il est récent, produit et instrumenté à un goût plus frais. Mais, comme à mon propre plaisir, l’homme supplante le journaliste, et intervient: «Quand t’écoutes de la musique, faut pas que tu deviennes comme un marriage counselor, parce qu’ils disent que les marriage counselors c’est eux autres qui ont les pires mariages, parce qu’ils focusent sur la mauvaise chose. So, quand t’écoutes de la musique, faut que tu la feeles, tu la laisses passer, faut pas trop que tu l’analyses.»
Et c’est là que je suis entraîné dans une jasette jazz sur G-Force qui est un film mental à regarder en 3D, le grand pouvoir des pamplemousses, les vieux golfeurs disparus dans des accidents d’avion, le style pas rapport et le langage des poissons. Tout compte fait, c’était une belle matinée. D’ailleurs, ils s’excusent auprès de tous les joueurs de tams tams à propos de la chanson à la fin du vidéo. Ils ont tout de même ri de cette blague bien connue: «Quelle est la différence entre un tam tam et un oignon? C’est que personne ne pleure quand tu mets un couteau dans le tam tam.»
par Félix Dyotte







