Je n’étais jamais allé à l’opéra. Fallait que je fasse ça au moins une fois dans ma vie, et disons que, pour le côté romantisme italien, ç’aura peut-être été la seule.
Le livret est une saga comme on en a tellement entendues, une saga convenable, contenant tous les éléments pour tenir je ne sais trop qui en haleine. Le résumé des actes me fait penser aux récapitulations au début des feuilletons américains comme Dallas ou la Loi de Los Angeles. Vengeance, empoisonnement, liaisons dangereuses, des phrases comme «tu serais donc… mon père!», tout y est. Ce type d’opéra, dans son contenu, est manifestement le téléroman du XIXe siècle, et Verdi semble en être la Fabienne Larouche.
Bon, ce n’est pas lui qui écrivait ses textes, comme Céline. Mais il a fait ce choix de les servir avec révérence, ce qui lui a valu un immense succès de son vivant, et, à ma stupéfaction devant cette salle Wilfrid-Pelletier sans doute plus garnie qu’un spectacle de Karkwa, de son mort aussi. Mais cela ne lui aura pas valu… (musique suspense à portée dramatique)… MON ESTIME.
Un décor des plus conservateurs (colonnes beiges, fausses branches d’arbres, teintes pastel) mettait en scène ces drames de façon tout à fait appropriée, alors que le Doge et tous ces politiciens en collants et perruques s’affrontaient, conspiraient, s’emmêlaient et de haïssaient en chantant de façon gutturale et en gesticulant de façon grossière. D’autant plus aliénant, il était difficile de savoir quoi regarder quand les sur-titres étaient accrochés vingt pieds dans les airs, mais que nos vils héros gesticulaient pour avoir de l’attention.
Ceci dit, le joyau de ce spectacle était bien sûr la musique, et ma grande déception était qu’on ait caché l’orchestre dans un trou. Ces archets qui se suivent, ces trompettes qui se lèvent, ce chef qui s’emporte, tout était caché. La musique était des plus exquises, et les interprètes époustouflants.
Mais ces notes qui attendent une réplique prosaïque pour retentir, ces envolées qui soutiennent des catastrophes sentimentales qui me font rouler des yeux, c’est un peu une sorte de compromis. Malheureux qu’elles aient été obligées de servir ce sacré libretto, une histoire mille fois racontée qui, pour nous faire oublier nos propres troubles, ne concerne que des gens haut placés avec des dilemmes qui relèvent de l’exception.
Tant qu’à raconter une même histoire, racontez-moi celle qui touche ma vie, maintenant, qui me va droit au coeur. Mettez-moi un mythe grec à l’opéra. Ce sera plus efficace.
par Félix Dyotte / photos: Yves Renaud









