SERRÉ, LE GROS?

Poirier se promène beaucoup. Cette année seulement, il a fait Berlin, Londres, enfin, l’Europe, le Brésil, le Mexique, name it. Et à chaque fois il revient avec de nouvelles couleurs en tête, de nouveaux sons qui habillent un répertoire qu’on dirait exponentiel.

Bref, si la discographie de Poirier était sa garde-robe, il aurait besoin de deux-trois walk-ins. Pourtant lorsque, pour les besoins de notre chic séance photo, on a demandé à Ghis quelle taille de veston il portait, il nous a répondu: «Bonne idée pour les vestons. Je ne sais pas trop ma taille pour ça… Je prends généralement des t-shirts large ou médium… Est-ce que ça aide?»

En gros, pour ce shoot avec Poirier, on s’est gâtés.

Pas qu’on ne le trouve pas confortablement élégant et toujours en possession de ses moyens, dans ses t-shirts et ses baskets au demeurant très swell. Et puis quand on globe-trotte constamment et qu’on passe autant de temps derrières des platines, des consoles et des ordis, pourquoi se compliquer la vie?

D’ailleurs la semaine passée Ghis revenait, comme bien des Montréalais industrieux, de la foire musicale South By Southwest à Austin, où il ne participait pas à trois, ni à quatre, mais à… cinq showcases. La seule chose qu’il relâche, après une semaine aussi intense, c’est son foie. «Je reviens d’une entrevue pour CIBL au Salon des vins et spiritueux», dit-il quand on lui offre un verre. «On m’a donné une passe, gratis! Elle a tellement pas servi…» 

Basse rebondie

Y’a pas que les fringues de Ghislain qui changent de registre ces temps-ci. Fin août, dans la chaleur de l’été 2009, Poirier inaugurait une nouvelle soirée, Karnival, plus au fait des tendances internationales qui lui plaisent désormais, au détriment de la planète hip-hop qu’il sillonnait avec les légendaires soirées Bounce le gros.

Changement de cap comme il l’a fait avec l’électronique ambiant de ses débuts, qu’il a relégué en toile de fond pour l’album Breakupdown en 2005. Pour No Ground Under en 2007, ce sont les envies plus marquées de dancehall et de soca qui sont apparues (mais Omnikrom y était aussi, quand même), question de préparer le terrain à ce double album Running High. Un disque né de «plusieurs codes génétiques musicaux différents», et qui a digéré les tendances et personnalités rencontrées au cours de ses centaines de perfos par année, dont les trois-quarts environ sont données à l’étranger.

«T’sais, jouer du hip-hop et du crunk en Angleterre… non. Mais aux États-Unis, tu joues une gig électro, tu droppes un mash-up avec un vocal de Lil Wayne, et tout le monde est content.»

Et actuellement, ce qui fait battre le beat de Poirier, ce sont le soca et, encore, le dancehall.

Toujours chez Ninja Tune, Running High est dans un premier temps composé de 3 EP émis depuis 2009 (Soca Sound System, Low Ceiling et Run the Riddim) et de remixes (qui resserrent les liens et flanquent le tout d’une franche envie de s’éclater) ainsi que de collabos sur le second disque (Mikey Dangerous, Warrior Queen, MC Zulu, Face-T et Burro Banton en sont).

Celui qui a mis le bpm du soca sur les stéroïdes a beau avoir l’air de vivre en accéléré, semblerait que non. «Je suis discipliné. Je dirais que 10% de mon temps est occupé à la création à peine… Une journée typique, c’est devant mon ordinateur. Comme bien du monde finalement.»

Site de Poirier ici. Lancement de Running High au Belmont vendredi 9 avril. Portes à 22h.

par Evelyne Côté / photos Raphaël Ouellet / stylisme Catherine Perron; Cat et Ghis ont arrêté leur choix sur des fringues Drykorn, Filippa K et Énergie, et des accessoires Aldo