ON LES REGARDE

Pour tout vous dire, j’aurais aimé aimer ça. Lors de la première émission alors que les «invités» se présentaient par le biais de courtes vidéos, je me disais, tiens, tiens, ils semblent plutôt éloquents, ils ont du vocabulaire (pas tous, mais certains), ils ont l’air d’avoir des vies intéressantes : Jean et Andy, deux ex-militaires; Vincent, le docteur en biologie; l’autre Vincent, traiteur de son état; Vickie, avocate, Stéphanie, l’étudiante en génie mécanique, Josée, la pétillante mère au foyer, Jonathan, le souriant graphiste, Eric, le musclé triathlète. Il y a aussi Sandra, comédienne et bouddhiste, Marie-Hélène, coordonnatrice de marketing, Fey, étudiante en production théâtrale, Amélie, la préposée aux bénéficiaires, Lyvia, l’actrice de films porno et Christian, l’agriculteur beauceron père de 4 enfants.

Chéli, l’animatrice, a des yeux qui pétillent. Les deux analystes disent des âneries mais, bon, c’est quand même préférable au Doc Mailloux. Et c’est la première fois que ce concept culte est adapté pour le Québec, l’émission Big Brother ayant connu un succès planétaire depuis qu’elle a été présentée pour la première fois aux Pays-Bas en 1999.

Améliminée

Mais dès que les 15 participants se retrouvent dans la maison, la qualité de la langue chute dramatiquement. Les masques tombent. Christian, qui a gagné le premier défi qui était de remplir un vase avec de l’eau transportée dans une assiette, devient le numéro 1 pour la semaine. Big Brother (qui a une voix extrêmement caverneuse) l’enjoint de se choisir un numéro 2 qui dormira au pied de son lit dans la chambre luxueuse qu’il occupera alors que les autres invités dorment tous ensemble dans la plus insupportable promiscuité. Et il y a Amélie qui pleure tout le temps.

Toute la semaine, il y a des défis dont un que j’ai trouvé parfaitement dégoûtant : en équipe de deux, les participants devaient se démener le plus possible et accumuler leur sueur dans un récipient. Ouache! Ils ont du aussi manger des bibittes et crever des ballons. Le tout ponctué des commentaires plus ou moins intéressants portant sur les autres joueurs et de conversations vides de toute substance sur la terrasse où ils sortent pour fumer. Mais tout cela manquait singulièrement d’intensité dramatique.

Le problème réside là, je crois. Une émission de téléréalité c’est avant tout une histoire de casting. Il faut des «types» :  la bitch, le bon gars, la lunatique, le contrôlant, la machiavélique, le paresseux etc. Au Québec, je pense qu’on est trop gentils et que, puisque nous sommes un peuple qui veut éviter la confrontation à tout prix, il nous est difficile d’atteindre le niveau de duplicité et de vacheries dont j’ai déjà été témoin, dans Survivor par exemple. Tout le monde est aux prises avec le syndrome du bon gars : on ne veut pas faire de peine à personne et on les aime tous sans condition.

Oh Andy! Sois gentil cette fois-ci...

Oh, il y a un méchant : Andy, ex-militaire, joue ce rôle à merveille. Mais personne n’est en train d’ourdir de sombres complots et de former des alliances qui seront plus tard trahies afin d’assurer la victoire individuelle.

À l’élimination, dimanche, Sandra donne son veto à Amélie qui choisit de quitter la maison. C’est elle qui pleurait tout le temps. Ceux qui restent choisissent de se débarrasser de Sandra, la bouddhiste, car ils sont persuadés qu’elle joue un double jeu (et ce n’est pas ça le but?) et qu’elle n’a pas vraiment 37 ans mais plutôt 19. Sandra confie en entrevue qu’elle est un caméléon et qu’elle s’est vraiment montrée comme elle était. Tout cela a été précédé d’une dose considérable de psychologie de 5-10-15 dispensée par les deux analystes et qui consiste principalement à descendre les participants en flamme et à les ridiculiser à partir de leur comportement : Jean n’aurait pas pris de douche depuis son arrivée dans la maison, Sandra passe son temps à faire des moues qu’elle croit séductrices, Andy crache par terre et est un colon, Josée est totalement immature, Stéphanie suce son pouce. Bref, c’est décourageant.

Je sais qu’il existe une certaine fascination qui s’exerce à regarder évoluer des gens ordinaires dans une situation extraordinaire. Mais ici, tout est trop ordinaire. Les défis sont idiots, les participants distillent l’ennui qu’ils doivent ressentir à être coupés du monde extérieur et ils ne sont pas assez colorés ou hors du commun pour retenir complètement notre attention. Comme je l’ai dit, j’aurais aimé aimer Big Brother. Hélas, l’émission m’ennuie plus qu’autre chose.

Quelques phrases qui ne risquent pas de passer à la postérité et qui ont été proférées dans la maison au cours de la semaine du 15 mars .

Christian :

Une Fey scintillante

Je veux pas le mettre à dos tout suite contre moé. Je suis le premier numéro 1 donc, veux veux pas, y’a déjà une black list de listés.

Fey :

J’espère avoir ben sizé ce que le monde vont voter.

Et de la part de l’ineffable Andy :

Quand même que je serais kické out…

Sais-tu qu’est-ce tu fais à matin, Big Brother? Tu pisses dans mes corn flakes.

Finalement, Sébastien Tremblay, analyste et ex-lofteur, qui résume la pensée générale :

Andy fait partie de la lie de l’humanité.

par MC5, chroniqueure télé érudite