Au moment où l’on a parlé à Melissa Auf der Maur plus tôt cet hiver, les rumeurs de réunion du groupe Hole n’avaient pas encore été confirmées. Depuis, Courtney Love s’est attirée la désapprobation du guitariste Eric Erlandson et de la rousse bassiste, qui voient en la reprise de Hole un simulacre d’événement, puisque ni l’un ni l’autre n’ont été formellement invités à participer…
S’entend, demander à Courtney Love de prendre des décisions sensées revient à demander à Axl Rose de produire un album vite fait, bien fait. Ahem.
Et si Melissa a depuis communiqué sa déception de n’avoir pas été consultée afin de faire les choses qui il se doit, d’autant plus qu’elle a participé aux chœurs de la seconde mouture de l’album de Courtney à venir, Nobody’s Daughter (les premières sessions ayant été scrappées, là-dessus on reviendra à la sortie de l’album le 27 avril), gageons qu’elle ne serait pas écartée de son chemin aussi facilement que pour une poignée de concerts.
C’est que, depuis cinq ans et à plus forte raison depuis les deux dernières années, Melissa Auf der Maur trime dur pour la sortie de son deuxième album, Out of Our Minds. Depuis l’été 2005 où, épuisée de la tournée suivant son éponyme, elle a battu en retraite dans la maison de son grand-père à Cape Cod pour composer. Initiative a priori solo, mais qui chemin faisant s’est vue pousser plusieurs têtes : les dimensions musique et film, mais aussi web et bédé de OOOM.
Ici, petite parenthèse. Vu les délais logistiques d’une telle entreprise, après avoir dû se départir des chaînes d’une major qui la tenait captive d’un contrat caduc, la sortie de OOOM a été délayée à plusieurs reprises. Ainsi, dans les deux dernières années, j’ai pu catch up avec Melissa par trois fois, et l’ai croisée à quelques shows, à un festival indépendant de la ville d’Utrecht en Hollande notamment, où elle jouait et projetait son film de 28 minutes en public pour une première fois.
Ce que je sais de Melissa : il faut avoir des couilles pour se débattre aussi longtemps dans un seul et même but, si ambitieux soit-il. Et des couilles, elle en a. Auf der Maur en 2004 était en quelque sorte un disque-dédicace à son père, le journaliste montréalais Nick Auf der Maur, où exsudait son côté masculin, puissant, décidé. On parle d’une fille fascinée par les Vikings, ne l’oublions pas. Avec OOOM cependant, c’est le côté plus mystérieux et féminin de sa personnalité qui se dégage. Car Melissa aime aussi beaucoup les sorcières. «Viking et sorcière, chacun est une figure mythique qui constitue l’autre côté de la médaille; l’extrême féminité et l’extrême virilité, également puissants.»
D’un côté tu as une façon de faire très actuelle côté technologique, mais de l’autre tu abordes des thèmes séculaires, parfois même millénaires.
Vrai. Le rôle que je joue dans mon film OOOM par exemple est un archétype sans âge de la femme, mis dans un contexte moderne. Ce que j’aime dans les années 1940, qui se reflète dans la façon avec laquelle j’ai habillé mon personnage — elle pourrait être une secrétaire comme elle pourrait être une star du cinéma — est l’idée du romantisme mêlé à la modernité, à une époque où le vieux et le neuf se mélangent et s’affrontent. D’ailleurs Blade Runner exploite le même filon.
Ton site est construit de manière très interactive. Comment décrirais-tu la réponse que tu obtiens?
La raison pour laquelle je suis tombée en amour avec la musique quand j’étais jeune était qu’elle me permettait de connecter avec de complets étrangers, seule dans ma chambre. Quand Morrissey jouait sur mes cassettes, je sentais que je faisais partie du monde.
Et c’est mon but constant, de rejoindre des gens, de près ou de loin, que je les rencontre en personne un jour ou non, de lancer le message comme quoi on n’est pas complètement seuls. Voilà pourquoi je lie les plates-formes : la publication, le cinéma, la photo, la musique. Ce sont des portes. Je ne suis pas une immense fan des ordis; mais je les utilise constamment. Parce qu’ils sont un outil de travail, un outil de connexion.
Et connecter avec d’autres œuvres d’art aussi? Comment s’est passée ton association avec le Musée des Beaux-Arts pour l’expo Le jardin des sortilèges, du peintre J.W. Waterhouse?
Ah ça, c’était la connexion ultime! De la magie pure. Un curateur du Musée a vu le film, a tout de suite fait le lien, et m’a contacté. Leur interprétation de mon film était qu’il s’agissait d’une réponse du 21e siècle au mouvement préraphaélite. Et ils ont raison! À Concordia, quand je faisais mes études en photographie, ma source d’inspiration principale était Waterhouse. Ça faisait tellement partie de moi qu’il a fallu un curateur de musée pour me le rappeler.
On parle de liens, mais il y a un an, tu parlais aussi d’une volonté de te départir de tes anciennes connexions avec l’industrie de la musique.
Pour retomber en amour avec la musique, oui. Pour satisfaire l’artiste visuelle, la performer, la musicienne en moi, il fallait que je me sépare de toute la pression de l’industrie. De la boîte dans laquelle j’ai vécu pendant toute une décennie. Simplement m’organiser, trouver une méthode de travail plus efficace, ç’a été hyper gratifiant. Parce que j’étais la coordonnatrice, la réalisatrice, la secrétaire pour mon film, par exemple, lorsque je j’embarque sur scène, j’apprécie énormément le moment en pensant aux heures que j’ai passées à mon bureau à équilibrer un budget. (rires) Les choses nécessaires et plates m’ont fait aimer la musique. En 2009, je n’ai jamais autant travaillé!
Tu disais aussi que faire de la scène, et être une rock star, c’est être un superhéros. Je n’ai pas vu la bédé encore, y fais-tu référence?
Bien, en fait j’y incarne une sorcière qui arrache le cœur d’un Viking. Un rôle très satisfaisant par ailleurs… Et il y a une autre femme qui voyage dans le temps, l’un de mes fantasmes. Alors oui, je me suis arrangée pour me donner de bons rôles.
Album dispo mardi le 6 avril. Site de MAdM pour OOOM ici.
par Evelyne Côté / photos Daniel Desmarais provenant d’un shooting photo réalisé en 2008 pour le défunt hebdo ICI








