FROTTIS-FROTTAS AVEC AIR

Aller à un show de Air en solo, c’est accepter de se frotter aux couples des autres, ne serait-ce que du regard. Remarquez, la promiscuité n’est jamais aussi envahissante que dans un show de Motörhead. La jupe retroussée, les yeux dans le lard et le string qui se promène sous des nylons malmenés, on n’a vu ça que sur la basse hyperactive de Lemmy.

Disons que dans le spectre de concerts de couples, Air se range juste à côté de Sigur Rós, c’est-à-dire dans les rêveries romantiques et éthérées des jeunes amants, seulement… un peu plus près du lit. Les mecs de Air, s’ils invitent aux réels rapprochements physiques, c’est dans le bon goût, la classe. La distinction.

Le spectacle — car c’en était bien un; chaque pièce avait son propre champ sémantique d’effets lumineux, tous plus pastels, chatoyants et psychédéliques les uns que les autres — a débuté d’aplomb avec Do the Joy, suivi de So Light Is Her Footfall (she’s all alone, alone, alone, alone…) et Love, où les lettres AIR en bloc apparaissaient sur fond céleste.

Peu de groupes d’ailleurs ont eu le flair de se baptiser d’un nom aussi évocateur et adroit. Aérien, volage, léger mais utile: Air.

Le premier clou du spectacle, ç’a sans contredit été l’une des meilleures chansons sur Love 2, Tropical Disease, qui l’a asséné. Enchâssée dans un apex de synthés juste avant People In the City, elle a fait remuer les couples et infiltré les cervelles d’aigus avant que ne prennent place les cordes sèches du hachuré single de l’album 10 000 Hz Legend. Physique dans les deux sens du terme.

Cherry Blossom Girl, quelque deux-trois pièces plus tard, a eu un effet gentiment enthousiasmant sur la foule. Tout doux.

Ceci dit, Jean-Benoît Dunckel (claviers de tête, échantillonnages) et Nicolas Godin (guitare, basse, claviers rythmiques) sont les auteurs d’une musique subtile mais hyper expansive lorsque jouée live. Ils sont capables de sonner fort, mais jamais dru. Le secret de leur volupté sonore réside notamment dans la panoplie d’ondes sinusoïdales qu’ils aiment bien, versus la timide présence de guitare électrique au profit des claviers.

Tout dans le synthé et la basse, un brin de guitare acoustique munie de pickup, et un batteur sans failles. Basta la guit’ qui gueule ou qui chigne. Les quelques gémissements stridents dont ils usent sont tous produits par synthétiseur qu’on devine évidemment analogue.

En rafale, ont été jouées How Does it Feel soutenue de fréquences vocales sur tableau noir, Be A Bee et Kelly Watch the Stars pêchée des débuts du band. Heureusement, le duo s’est tenu loin du premier single de leur plus récent album, Sing Sang Song. Quel désagrément c’te toune.

En rappel, Sexy Boy a été sandwiché entre Highschool Lover, un cadeau semblerait-il à l’une des actrices du film The Virgin Suicides présente ce soir-là au Métropolis (si on a bien compris ce que Nicolas mâchouillait; les Français et l’anglais ça fait deux hein, contrairement au couple devant nous qui était encore et toujours décidé à ne faire qu’un), ainsi que La femme d’argent en long postface explosif.

par Evelyne Côté