Le funk, le soul, le garage, le psychédélique des années 60 a laissé des traces bien référencées partout autour du monde, mais au Québec, n’y avait-il que le yéyé? L’industrie québécoise du disque a laissé en plan la musique plus expérimentale au profit des Splish Splash, alors qu’on la voyait émerger allègrement de régions plus populeuses. Aujourd’hui, les disques Pluton déterrent des joyaux enfouis, oubliés par une industrie cherchant à plaire au plus grand nombre.
C’est vrai que c’est spécifique, une maison de disque qui apparaît pour honorer l’underground d’une population minuscule, d’une époque précise. Mais il s’agit ici d’archives remasterisées, autrement pratiquement indisponibles, présentées dans un format tout vintage sur vinyle, et pratico-pratique sur mp3. Nomag s’est entretenu avec Félix B. Desfossés et Mélodie Rheault, les érudits instigateurs de ce défrichage historique.
L’amour des microcosmes du passé semble être à un certain paroxysme aujourd’hui, alors que les modes récupèrent à coup de courtes saisons de minuscules éléments dans nos livres d’histoire pour les vendre à coup de matraquage «new old stock» style. L’actualité, ce n’est pas que les idées qui viennent de surgir et qui nous éblouissent par leur caractère inédit, mais bien cette étrange synchronicité du retour, cette étonnante pertinence à parfois recycler de puissants symboles du passé.
Imaginez: un beau jour, un homme reçoit un coup de fil. On lui annonce qu’il y a soudain un intérêt sur de vieux b-sides qu’il avait enregistrés il y a quarante ans, dans une autre vie, à l’époque où il était musicien et où lesdites tounes étaient passées à la trappe. C’est ce qui est arrivé à Donald Seward, ex-Romain de César (le groupe yéyé) qui s’était fait une brève carrière d’organiste soliste après la dissolution de ceux-là, et avait sorti quelques trésors vite oubliés avant de se recycler dans une autre branche.
Donald Seward sort donc grâce à Pluton un trois titres imprimé sur 45 tours, au look tellement vintage qu’il est dur de croire qu’il ait été imprimé aujourd’hui, et que le graphisme ait pu croiser le chemin d’un ordinateur. Ce n’est donc pas qu’une pièce de collection, mais aussi un bel objet d’art qu’on peut accrocher sur son mur, et faire jouer jusque dans les moments les plus intimes. Le même sort attend une trâlée de musiciens à la retraite, qui recevront un coup de fil de Pluton, qui leur expliquera qu’ils avaient un talent unique, et que si quelques money makers les ont oublié, ça ne signifie pas qu’ils ne laisseront pas une place lumineuse dans l’histoire.
par Félix Dyotte







