Jeremy Earl n’a pas toujours été aussi mélodique, nasillard et touchant.
Avant de nous faire balancer de l’avant vers l’arrière accompagné de son groupe psychédélique-folk Woods, il hurlait avec Bookslie sur des rythmes… disons un tantinet plus agressifs et engagés.
«J’ai l’impression que la scène hardcore a cessé de m’apporter quelque chose de concret il y a bien longtemps… j’ai décidé de composer de la musique qui me ressemble plus, qui me fait grandir», dit-il quelques heures avant de monter sur scène au Lambi samedi dernier.
Il faut aussi dire qu’Earl est non seulement le chanteur de Woods, il est aussi le fondateur et unique employé des étiquettes Woodsist et Fuck it Tapes (Kurt Vile, The Oh Sees, Blank Dogs, Vivian Girls et plus…).
À ses côtés, Kevin Morby, Jarvis Taveniere et G. Lucas Crane; tous trois cohabitent le même appartement à Brooklyn.
«On s’aime beaucoup, il faut beaucoup d’amour pour créer», lance Morby, qui vient tout juste d’avoir 21 ans. Le dernier arrivé et plus jeune membre du groupe, alternant entre la basse et la batterie, n’a jamais douté l’instant d’une seconde faire partie de la famille. «Ils m’ont trouvé alors que je venais tout juste d’arriver à New York, dérouté de mes 19 dernières années au Kansas. Notre connexion a été automatique.»
Cette symbiose que Morby aborde, on la sent lorsque le quatuor se réunit sur scène. La foule est tout simplement molle, en transe, un peu sérieuse devant tant d’honnêteté. Alors qu’ils interprètent une reprise d’un succès de Graham Nash, que l’on peut trouver sur leur album Songs of Shame, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est possible d’être vivement attaché à un son, une image, une parole. Ce sentiment, je ne l’avais connu que pour Neil Young…
Après avoir entendu At Rear House, j’ai voulu les garder pour moi. Une musique si
personnelle et sentie mérite le secret. Mais je savais trop bien qu’avec de si belles paroles et des mélodies aussi enivrantes, beaucoup de sensibles allaient y trouver leur compte.
Woods c’est une douce et longue complainte attendrissante qui donne envie de voyager, de collectionner de vieux objets et de faire de la peinture aux doigts.
par Marie-Elaine Guay







