BLING SUR LA GOLD COAST

Sur la piste du dernier scoop concernant le secteur minier africain, la journaliste Elise M est à Accra au Ghana. Armée de sa mallette de cuir et de ses talons hauts, elle attendra auprès de la secrétaire dans le bureau climatisé aussi longtemps qu’il le faudra pour interviewer monsieur le dirigeant africain important. Cette chronique se veut un récit de son quotidien, de sa quête pour un monde meilleur.

BLING BLING ET CHAR DE PIMP SUR LA GOLD COAST

Je ne vous parlerai pas de bébés à gros ventre qui meurent de faim. Ce qui surprend quand on arrive à Accra, la capitale de l’ancienne Gold Coast, c’est le bling. Un vent d’espoir balaie la côte au large de laquelle d’importantes découvertes de pétrole ont été faites récemment. Le cash coule à flots et les filles ont le sourire facile.

La construction de villas de luxe va bon train et j’avoue que la vie est agréable dans ces « gated communities ». Grand escalier de bois massif, plancher de marbre et piscine, tout pour se sentir comme une reine. On a même une coupure d’électricité pendant que j’écris ces lignes. Pas de soucis, la génératrice démarre automatiquement au bout de trente secondes.

Vous allez me dire: wow les moteurs, tout ça pendant que la Ghanéenne moyenne mange de la malaria pour souper. Erreur. Elle est habillée en robe à paillettes et elle mange du poulet frit au centre d’achat. J’ai fait la connaissance de Rita hier. C’est elle qui mijote les petits plats qui sont servis dans les avions. Pas exactement une job d’émissaire pour l’ONU.

Le samedi elle prend sa voiture et va dépenser sa paie au centre commercial. Elle adore ça. Ils adorent tous ça. Ils se mettent sur leur 31 et vont parader dans les magasins propres. C’est aussi achalandé que le Carrefour Angrignon un 23 décembre, à la différence que les portes automatiques à l’entrée servent à garder l’air froid… en dedans

La fin de semaine prochaine Rita fait une expédition au spa. Au programme: massage et pédicure. Je l’accompagnerai peut-être. À moins que je lui fausse compagnie pour aller au Green Turtle Eco-Lodge, un hôtel installé sur une plage perdue. Le réseau électrique ne se rend pas jusque-là, ce qui fait que le proprio a installé des panneaux solaires. Tadam! Son Eco-Lodge est né et les touristes aiment ça parce qu’ils ont l’impression de redresser un peu leur bilan carbone.

Il y a même des pancartes installées sur la plage pour défendre les tortues en voie d’extinction. « Don’t eat turtles ». Moi je pense que le vieux chasseur que j’ai rencontré la semaine passée à la nuit tombée ne comprenait pas l’anglais. Quand je lui ai dit « Good evening » il a continué à m’aveugler avec sa flash-light sans rien dire. J’ai eu peur parce qu’il transportait une grosse carabine, mais je me suis dit que s’il était méchant il aurait éteint sa lampe de poche. Il est reparti sans rien dire et je le soupçonne même de ne pas savoir lire.

À la sortie du centre d’achat, c’est comme si j’entrais dans un sauna. J’ai l’impression que ma face fond tellement il fait chaud et humide. Une chance que je n’ai pas mis de mascara. Je me sens cheap dans mon taxi pourri. À la lumière rouge je me fais cruiser par un beau noir en costard cravate au volant d’une BMW. C’est le festival des belles voitures. Vous savez ce que les mafieux font des SUV piqués aux touristes américains pendant le Festival de jazz de Montréal? Ils mettent ça sur des bateaux et les replaquent au Ghana.

Le soir sur Oxford street c’est un vrai film américain en live. Les jupes sont courtes, les chaînes en or brillent et les fesses rebondissent. La musique donne envie de bouger et je pogne un peu trop à cause de la blancheur de ma peau. Maintenant, je suis habituée à ne pas passer incognito. Le plus difficile, c’est le retour au bercail et l’indifférence dans le regard des autres. Lors de ma dernière visite à Montréal j’avais envie de crier à pleins poumons sur Saint-Laurent « Heille, tout le monde, regardez-moi, j’existe ! »