Si on ne vous a pas parlé d’Alice au pays des merveilles de Tim Burton après l’avoir vu lundi passé, c’était en partie à cause de l’embargo sur les critiques qui se terminait hier. Mais aussi parce qu’on ne voulait pas être le colporteur de malheur. Don’t shoot the messenger, n’écrasez pas le cloporte.
On aurait tant voulu qu’il soit époustouflant, ce match parfait de deux univers fantastiques un peu glauques. Et le résultat n’est pas si dramatiquement, complètement mauvais. Le film commence assez bien en écorchant dans la campagne anglaise la bêtise de la société victorienne, avant de faire tomber l’Alice de 19 ans aux prises avec une demande en mariage repoussante dans le trou d’Under/Wonderland.
D’ailleurs cette Alice incarnée par Mia Wasikowska est toute blême, un peu malcommode, un peu insouciante, et on l’aime bien. Jusqu’à ce qu’elle se découvre une… roulement de tambour… MISSION.
WALT BURTON
Dans La Presse de samedi dernier, on citait Tim Burton au sujet du chapelier fou incarné par Johnny Depp, viré dingue à cause d’une intoxication au mercure (au siècle de l’auteur Lewis Caroll, c’était effectivement l’une des déformations professionnelles courantes des chapeliers… hot). 
Le réalisateur y disait quelque chose comme, «évidemment on n’a pas trop pu s’attarder à l’intoxication au mercure car on est quand même chez Disney». Haha, hoho, car Tim, darling, tu es bien au-dessus des standards de Disney, right?
Eh bien pour la subversion on repassera.
Ici, l’intro du film et les gâteaux grossissants à peine terminés, Alice se retrouve donc investie d’une MISSION. Elle doit trouver un glaive et tuer un dragon, communément appelé à Wonder/Underland, un Jabberwocky.
Ok stop. Je vous avoue que je n’ai pas lu au complet les deux livres de Lewis Carroll dont est tiré le film, mais en cherchant un peu, je vois qu’il y a dans Through the Looking Glass un poème qui parle du monstre. Mais c’est une allégorie.
Et puis Alice’s Adventures in Wonderland et Through the Looking Glass sont le genre de livres dans lequel on picore un chapitre par-ci, un autre par-là, comme des recueils de contes; ça n’est pas le dénouement de l’histoire qui importe, mais l’univers dans lequel on nous plonge. Alice, on se fout à la limite de savoir qui elle est, où elle va, comment elle va. Rien de tout cela n’a de sens de l’autre côté de miroir. Même Alice s’y perd. Pourquoi n’avoir pas profité de ce labyrinthe de vignettes pour user de la technologie 3D?
Disney a bien fait un film d’animation en 1951 qui, malgré des personnages rougeauds et pleins de bonhomie, arrivait à instiguer un petit malaise effrayant parce qu’il tenait Alice prisonnière d’un monde inexplicable, irraisonné, où tout pouvait arriver: des fleurs perfides qui tirent les cheveux, des jumeaux mongols aux yeux méchants, des chenilles existentialistes et toxicomanes…
Le film de Burton, lui, nous fiche une quête de chevalier aussi originale qu’une pinte de lait dans le paquet, avec le scénario à numéros qui va avec, et en prime les gros plans de faces émues au dénouement.

TIM DISNEY
Qui châtie bien aime bien. Tim, on t’aime, et Alice, on a encore foi en toi et en ton auteur original, qui selon la rumeur t’aurait écrite sous influence du LSD (ce qui est faux, puisque le LSD a été créé 70 ans après la publication de la première édition du bouquin; d’ailleurs certaines rumeurs autrement plus scabreuses veulent même que Carroll ait été pédophile).
Le film est par ailleurs techniquement parfait, un peu plus chatoyant que baroque (une autre censure de Burton dans son contrat disneyesque?), et tous les acteurs sont superbes. Allez le voir — un mardi.
par Evelyne Côté







