Il y a deux-trois semaines, une expression m’a sauté aux yeux: «gestuelle muette». Ça fait beau, vite comme ça, «gestuelle muette»… Mais on peut m’expliquer la nuance d’avec «mime»? Quelqu’un?
Trouvé ça un peu fallacieux. Mais on sait tous que le mime, viré en ridicule total depuis les jours de gloire de Marcel Marceau, c’est pas vendeur.
Un autre art tombé dans une désuétude un brin sordide, c’est le cirque. Rappelez-vous: dans les années 80, avant que l’engouement ne papillonne autour du Cirque du Soleil, ce divertissement de clowns, d’éléphants et de maîtres de cérémonie un peu effrayants était l’apanage de familles banlieusardes cordées sous des chapiteaux de fortune. Je me souviens d’y être allée avec la mienne et d’avoir trouvé ça pauvre, crotté, nul.
Depuis, Laliberté fait scintiller le cirque de tous ses feux.
Pourtant, quelques-uns résistent encore et toujours à l’envahisseur fantasmagorique. Ils reprennent de la tradition circassienne l’étrange, le tordu; ce cirque des femmes à barbe, des jumelles siamoises, des acrobates retors et noueux, mais fabuleux par leur goût du risque.
Ces gens-là, ici, ce sont Les 7 doigts de la main. Ils habitent à La TOHU, à une balade de bus du métro Crémazie, un endroit posté sur un ancien site d’enfouissement de déchets de la Ville. Et avec le nouveau spectacle de cette troupe un rien détraquée, il est permis de penser que l’endroit est hanté par nos bibittes mal évacuées.
Un trapéziste entend des voix, un obsessif-compulsif s’extirpe d’une cohue machinale de complets-cravates, une agoraphobe se balance dans le vide, un hypocondriaque sort dans un bar; amnésiques, toxicomanes, maniaco-dépressifs, insomniaques, rageurs; en tout, sept désaxés affronteront leurs démons dans l’arène de La TOHU.
Une idée qui séduit et contre-carre la Walt-Disneysation des acrobaties, même si, comme d’autres l’ont bien dit, l’enchaînement des numéros est souvent cousu de fil blanc. Le prétexte de la folie est génial, encore aurait-il fallu rendre le tout plus harmonieux au lieu de rapiécer chacune des performances aux autres.
À voir quand même pour l’allure spectrale de l’artiste de la planche-sautoir, qui bouge en coup de vent et atterri sans un bruit, brrrr! L’envol poétique de l’intoxiqué qui tourne sur lui-même dans la roue allemande… Et l’insomniaque qui ne tient qu’à un fil sur le mât chinois.
À La TOHU, jusqu’au 6 mars.
par Evelyne Côté









