PREMIER BÉBÉ

À un moment de l’année où la déprime est un scoop qui rampe sous nos soirées réconfortantes, aller voir Biz nous parler de sa véritable dépression n’aurait pas passé dans mon esprit, si ce n’avait été des petits fours.

Toutefois, à la conférence de presse de son tout premier livre, Dérives, on voyait bien que l’écrivain qui venait de mettre au monde une autofiction n’éprouvait pas le même cafard qu’à la naissance de son fils.

«C’est l’histoire d’un nouveau père comme on n’en parle pas toujours dans le Elle Québec», nous sort fièrement un Biz manifestement sorti de sa déprime, démystifiant l’idée du bébé qui guérit tous les maux.

«La tentation, au début, a été de dire que c’est à cause d’un enfant que je badtrippe, mais finalement c’est pas ça», m’explique Biz, alerte et lucide devant ce qu’il a vécu. Non, ça a commencé avec le post-partum d’une tournée de Loco Locass, Biz tout à coup fiché dans le quotidien après des semaines de scène.

Le livre raconte des scènes ordinaires dans la vie d’un nouveau père incapable de jouir de cette nouvelle paternité dont les louanges sont chantées partout, et qui vit ses tâches quotidiennes comme autant d’étapes insurmontables.

En parallèle, un récit métaphorique, où Biz a transformé sa dépression en une sorte de quête à la Dungeon & Dragons, parsemée d’escales, de codes secrets et de rencontres déterminantes. De surcroît, des créatures mythologiques – hydre, ptérodactyles, une danseuse de baladi au milieu de tout ça, arcs, flèches et compagnie. Une sorte de Livre dont Biz est le héros.

«La chose la plus banale devient impossible à faire. C’est comme un ressort. Quand tu te lèves le matin, il y a comme un ressort qui te fait sortir de ton lit, et tes projets commencent immédiatement. Quand tu fais une dépression, ce ressort-là est brisé. Ça swingue plus, alors tu ne te lève plus. Ce livre a été écrit dans mon lit, un radeau où je dérivais métaphoriquement, et le marais est ce néant qui m’entourait. Le livre a failli s’appeler ”Rien”. C’est comme si tu étais un mort-vivant. La vie est faite d’anticipations, de plaisirs et de désirs. Et là, rien.»

Alors, ça rentre au poste ou pas? Grâce à la maturité édifiante avec laquelle Biz nous explique la dépression, le livre, truffé d’images riches et de métaphores spirituelles, m’a ému; mais je me suis souvent buté à des figures de style forcées, des références qui ne m’interpelaient pas.

Biz nous explique souvent de petites choses en de grandes images, et l’illustration empiète un peu sur l’élaboration. Le texte a un côté académique qui nous fait sentir que l’auteur a fait ses devoirs; il a réussi à écrire un livre, possède une plume agile. Deviendra-t-il un écrivain? C’est une autre question.

Biz passe une moitié du livre à nous exposer concrètement des symptômes de sa dépression, et l’autre à nous illustrer à quel point ses épreuves sont difficiles à surmonter, à la mesure de ses propres fantasmes de grandeur. En s’installant lui-même une couronne d’épine et en s’entourant de ptérodactyles, Biz m’empêche un peu de m’identifier. C’est une question de style.

par Félix Dyotte