En pleine disgrâce pubère, après avoir découvert Bad Religion, je m’étais écroulé devant cette grande instance inquiétante qui allait me massacrer le moral pendant plusieurs années et justifier mes plus insupportables angoisses: la Société. Les coeurs étaient rompus: il existait désormais une puissance plus redoutable que la cruauté de mes pairs: le consensus de l’injustice.
Ils en sont déjà à leur sixième album, pourtant la limpidité de la révolte et le tranchant des thèmes abordés pourraient nous faire croire qu’ils viennent de découvrir le monde.
Un monde qui coule, peut-être, comme l’illustre le sinistre bateau sur la couverture. Marie-Ève (basse, voix) rajoute: «J’ai l’impression qu’il ne monte pas trop à la surface, qu’il descend encore plus dans l’eau, et qu’on se sent isolé des fois, parmi les gens.» Car par-dessus ces riffs puissants et ces rythmes machinaux rapellant le punk californien, des propos souvent pessimistes et dénonciateurs s’imposent.
Par-delà le défoulement romantique sur les grands thèmes de ce qui ne va pas dans ce monde – système, argent, politique, médias et tout le tralala – quelque chose doit évoluer dans la manière de l’aborder, même si tout propos pourrait passer dans l’efficace production sonore de Gus Van Go et Werner F. Guillaume Beauregard (voix, guitare) renchérit: «ll y a quelque chose de beaucoup plus spontané, de plus émotif et de moins réfléchi que dans Compter les corps (Indica, 2006), où l’on cherchait davantage à écrire quelque chose de global sur lequel le monde pourrait se pencher pour réfléchir. C’est plus personnel, et moins prétentieux, dans une certaine mesure.»
Sur le sofa des bureaux de Nomag, on s’est servi d’extraits des paroles de leurs propres chansons, histoire de les faire parler davantage…
Mais dans la marée de ces hymnes scandés le poing en l’air se trouvent en effet des morceaux étonnamment plus hermétiques, intimes. «L’Escorte», un texte qui a laissé Nomag aussi perplexe qu’un prétendant de Jocaste devant le Sphinx, semble être pour Guillaume un de ces joyaux dont la solution doit rester emmitouflée.
Je suis un punk de droite / Je suis un mythomane / Je suis un démocrate / Nos fans m’appellent madame / Je suis un fusil de chasse / Je suis l’accent du Lac / Je suis le pont qui tombe / Et le médecin malade [sic]
«C’est un texte que j’aime beaucoup parce que, justement, il n’est pas clair. L’Escorte peut être un paquet d’affaires, dépendamment de la lecture que tu en fais. Pour moi, l’Escorte, d’une journée à l’autre, ce n’est jamais la même chose.»

Céline VS les VM: édifiant montage déniché sur le blogue des Vulgaires, dont l'auteur semble anonyme.
L’année passée, après la sortie de leur DVD Presque sold out, les Vulgaires Machins se sont vus nominés à l’ADISQ dans la catégorie DVD de l’année, aux côtés de notre Céline nationale. Position intéressante pour un groupe punk, sans doute un des seuls de sa catégorie ayant pu à ce point émerger, affichant d’étonnants chiffres de vente, même dans une industrie en chute libre. Cherchant en vain à les déstabiliser devant cette idiosyncrasie, j’ai tenté d’insister sur leur nébuleuse position de contestataires établis dans la société du divertissement…
«Des putes?» de suggérer Guillaume, manifestement familier avec le débat. «On a fait le pari de porter notre musique et notre message de la façon la plus large possible, on n’a pas envie de jouer dans notre cave devant les mêmes gens. Je pourrais bien faire une montée de lait lors d’une victoire à l’ADISQ, mais ça dépendrait du contexte, de la nomination. On a failli gagner Révélation de l’année, après 12 ou 13 ans d’existence…»
Et ce qui ne dépend d’aucun contexte alors, quel est le Top 3 des ennemis jurés des Vulgaires Machins? De grandes instances inquiétantes: «La haine, l’intolérance, et… l’incompétence.»
Requiem pour les sourds sort en magasin le 2 mars.
par Félix Dyotte







