LES FEMMES DE 24

La huitième saison de 24 est présentement diffusée au réseau Fox le lundi à 20 heures.

Si l’on applaudit le retour de nos personnages fétiches – Jack, Chloé (Mary Lynn Rajskub) et Kim (Elisha Cuthbert), la fille de Jack avec qui il s’est réconcilié à la fin de la saison précédente après qu’elle lui eut sauvé la vie – nous poursuivons aussi avec la présidente Taylor (Cherry Jones) maintenant divorcée, son mari (Colm Feore) n’ayant pas supporté qu’elle fasse emprisonner leur fille Olivia (incarnée par Sprague Grayden) qui s’était rendue coupable de haute trahison, et avec le retour de Renee Walker (Annie Wersching), l’équivalent féminin de Jack Bauer… mais en plus psychopathe.

De nouveaux personnages se sont greffés à cette mouture: entre autres Cole Ortiz (Freddie Prinze jr.), agent au CTU dont les bureaux sont maintenant à New York, et Dana Walsh (Katee Sackhoff) analyste de données qui travaille avec Chloé.

Les premières expériences que j’ai eues avec 24 ont été avec les DVD et c’est avec une certaine nostalgie que j’évoque maintenant l’intensité de ces moments. Il y avait la surprise initiale de n’avoir jamais rien vu de la sorte, l’écran fragmenté, le suspense insoutenable, l’horloge qui scande les minutes inexorablement, le sentiment d’urgence qui nous sautait au visage, les cris poussés lors de scènes particulièrement surprenantes et violentes, la compulsion de continuer à visionner même si on tombait de sommeil.

Après sept saisons complètes, je suis rompue à l’exercice et me demande toujours comment les scénaristes vont réussir à me surprendre et à m’étonner. Ils y réussissent moins souvent mais j’avoue qu’il y a encore des moments où la tension est à son comble, et où je m’interroge sur la façon dont Jack va réussir à se sortir des situations inextricables dans lesquelles sa mission l’a mené.

Mais après tant de saisons, j’ai fait quelques observations. Entre autres sur les femmes qui évoluent dans l’univers de 24.

LA GEEK, LA BRUTE ET LA PIMBÊCHE

Sans vouloir taxer les scénaristes de misogynie, force est de constater que les femmes de la série sont toujours soit de malheureuses victimes soit d’affreuses vilaines. Les victimes semblent dépourvues du jugement le plus élémentaire et se fourvoient dans des situations périlleuses qui compromettent les opérations en cours.

Cette saison, Dana Walsh, l’analyste du CTU, me fait dresser les cheveux sur la tête. L’actrice qui l’incarne jouait le rôle de la merveilleuse Starbuck dans Battlestar Galactica , un personnage complexe, à la fois fort et fragile, qui suscitait sympathie et admiration. Je crois que Katee Sackhoff avait désespérément besoin d’argent lorsqu’elle a accepté le rôle de Dana. Elle est aussi l’exemple parfait des mauvais rôles qui arrivent à de bons acteurs.

La stupidité du personnage me plonge dans des abîmes de réflexion, genre: quarante ans de féminisme pour en arriver là? Dana (dont ce n’est pas le vrai nom) aurait été complice d’un meurtre quelques années auparavant, ce qui laisse à penser sur les méthodes de recrutement du CTU qui ne me semblent pas très rigoureuses, et son ex-petit ami, surgi de nulle part, la fait chanter, menaçant de tout dévoiler à son supérieur si elle ne lui donne pas accès à d’importantes sommes d’argent saisies par la police et gardées dans un entrepôt.

Dana, visiblement terrorisée, habitée par une peur abjecte, va tout accepter de la part de ce bandit minable. Ce personnage me fait hurler. Je la secouerais jusqu’à ce que ses longs cheveux blonds parfaitement lisses et élégamment rejetés sur une épaule deviennent hirsutes. Cette femme intelligente qui occupe un emploi important dans la hiérarchie de l’organisation se liquéfie littéralement lorsqu’elle parle ou se retrouve en face de cet énergumène qui menace de révéler son passé.  Les femmes ont encore du chemin à faire…

À l’autre extrémité du spectre il y a Renee Walker. Au début de la Saison 7 elle réprouvait les méthodes peu orthodoxes de Jack Bauer lorsqu’il s’agit d’obtenir des informations cruciales, c’est-à-dire le mensonge, la torture et les supplices de toutes sortes infligés à ceux qui les détiennent.  Puis elle s’est mise à aimer ça. Mais à vraiment aimer ça. Au point où Jack n’en revenait pas. Il avait trouvé non seulement une alliée sans peur mais aussi une disciple qui allait bientôt dépasser le maître. Renee est de retour mais elle est brisée, déchirée entre ce que lui dicte sa conscience et le désir de se venger de ceux qui ont fait d’elle le monstre qu’elle est devenue.

Psychopathe au bord du suicide, Renee est une bombe à retardement illustrant à merveille la thèse selon laquelle les femmes ne devraient pas se mêler d’agir comme des hommes puisque cela contrevient à leur nature profonde qui est de guérir, nourrir, préserver la vie et chanter de jolies chansons d’amour.

La présidente Taylor ne diffère en rien des autres (bons) présidents qui l’ont précédée. À l’instar de David Palmer (Dennis Haysbert qui incarnait le premier président noir ce qui, dit-on, aurait facilité l’élection de Barack Obama en préparant la psyché américaine à une telle éventualité) elle se retrouve dans des situations inextricables, aux prises avec des dilemmes cornéliens, entourée de gens apparemment compétents mais où se dissimule toujours un traître et elle fait appel au CTU pour désamorcer et régler la crise. Elle parle comme tous les autres présidents et à part le fait qu’elle est une femme, elle est interchangeable, sans couleur, sans saveur et sans personnalité.

L’exception demeure ma Chloé chérie. Nerd extraordinaire, oursonne mal-léchée, pratiquant avec un art consommé l’art de se mettre les pieds dans les plats avec des remarques mal choisies, Chloé n’hésite pas à contourner les règles et est indéfectiblement loyale à Jack, elle se ferait hacher menue pour lui, peut-être même en est-elle vaguement amoureuse…

Mais Chloé n’a pas de libido et ignore le romantisme. Elle a eu un enfant avec son mari Morris (Carlo Rota) et cela a dû se produire par l’opération du Saint-Esprit. Chloé est la dernière personne qu’on imagine au lit. Elle est toujours grognonne, ne vit que pour son travail où elle excelle. Sans elle, Jack ne pourrait pas accomplir la moitié de ce qu’il entreprend.

Les femmes vont et viennent dans 24 mais Chloé incarne la constance. En passant je lève mon chapeau avec émotion à Nina Myers (Sarah Clarke), la plus extraordinaire méchante de l’histoire de la télévision qui nous a fait passer par toute la gamme des émotions dans les trois premières saisons et à Sherri Palmer (Penny Johnson Jerald), la femme du président Palmer, toujours à concocter des projets machiavéliques et qui possédait la meilleure diction anglaise qu’il m’ait jamais été donné d’entendre.

par MC5, chroniqueure télé érudite