Montrez-moi un auteur-compositeur-interprète gay, je vous montrerai un mec dont les pores suintent sinon le talent, en tout cas l’émotion.
Sans vouloir faire de généralisation éhontée, rendons-nous à l’évidence: Rufus Wainwright, Patrick Wolf, Stephin Merritt des Magnetic Fields, Antony & The Johnsons, Sufjan Stevens, Mika…
Freddie Mercury man! Même Bowie et Jagger, tous deux sexuellement ambigus, auraient fricoté ensemble, un soir de scotch particulièrement dénudé.
Bref, pour un groupe statistique qui compte environ 10% de la population, les gars qui aiment les gars sont bien représentés en terme de créativité. Owen Pallett s’inscrit indubitablement dans ce sous-groupe de minorités aux synapses inspirées.
On n’a donc pas manqué la chance d’aller le voir en action sur la scène du distingué Théâtre Outremont samedi passé. Belle salle, beau monde, belles coupes de cheveux. More: on y confirmait notre théorie en présentant Diamond Rings, multi-instrumentiste flamboyant, en première partie.

Du balcon on ne pouvait s’empêcher de penser à “the” Adam Brown en plus… scintillant.
(The Adam Brown, c’est le leader du groupe rock en hiatus prolongé que Marc-André Grondin avait quitté pour Nitrosonique, avant de devenir une star du cinéma.) Diamond Rings, au départ intimidé – on l’aurait été à moins – par la grande scène qu’il devait occuper tout seul devant une foule assise, s’est superbement délié la voix après les deux premières chansons, chorégraphies à l’appui.
Si vos avez manqué ses rutilants moves, sachez que notre seigneur des anneaux sera de retour en sol montréalais le 10 avril avec nos chouchous Woodhands, qui célébreront la sortie de leur album Remorsecapade sur la scène du Lambi.
Puis, Pallett est apparu sur scène paré d’un look indigent à des lieues des leggings zébrés de son supporter; un Oliver Twist doublé d’une voix d’ange. Si son jeu de violon est capable de passer du placide au strident, sa voix, elle, porte une émotion dense mais constante, une sorte de mélancolie doucereuse sous laquelle on devine des torrents d’idées. Une belle palette, en effet.
Idées que d’ailleurs il projette au travers d’un système sophistiqué de pédales de looping. Résultat: il a beau être seul, il sonne comme un quatuor à cordes. Par contre cette fois-ci Thomas Gill, percussioniste et guitariste émérite, était là pour l’accompagner.
Il fallait le voir déposer son violon sur son synthé avec une délicatesse hors du commun. En plus de pièces choisies de son petit dernier, Heartland, il nous a gratifié de trois extraits plus anciens, dont This is the Dream of Win and Regine, dédiée au power couple d’Arcade Fire. À entendre absolument si ce n’est déjà fait:
Owen Pallett, c’est des tonnes de EP, des collabos avec Arcade Fire, Fucked Up, Beirut, The Hidden Cameras, et surtout trois albums dont le second, He Poos Clouds, lui a valu une bourse de 20 000$ au Polaris, qu’il a dispensé autour de lui (pas à l’aise avec la provenance du cash, il l’a donné à d’autres bands). Bref, il s’est imposé comme l’une des figures piliers de la scène musicale de Toronto. On a une entrevue ici.
par Evelyne Côté










